Metaclassique #281 – Marteler

La 29è Sonate de Beethoven n’a certainement pas moins d’intérêt en soi que la 28è ou la 30è. Mais cette 29è Sonate, opus 106 surnommée « Hammerklavier » connaît une circulation beaucoup plus étendue que les 28è et 30è. S’il n’y a peut-être pas de raisons musicales objectives à ce que la réception a détaché cet opus de Beethoven de ses autres partitions pour piano, il y a peut-être des raisons poétiques.

En tous les cas, l’opus 106 apparaît de manière récurrence dans l’œuvre de deux poètes français nés dans les années 1930 : Michel Deguy et Dominique Fourcade. Ce numéro « Marteller » de Metaclassique veut creuser le pourquoi de cette insistance des deux poètes sur ce même opus. Vous pourrez y entendre Dominique Fourcade en ouverture et en fermeture de l’émission, mais aussi Bénédicte Gorrillot qui s’est longuement entretenue de musique avec Michel Deguy dans les mois qui ont précédé sa mort en 2022. Et au milieu de l’émission, nous irons consulter l’historienne spécialiste de Beethoven, Elisabeth Brisson pour documenter les circonstances dans lesquelles Beethoven en est venu à composer ce que le pianiste Paul Badura-Skoda tenait pour l’équivalent pour le piano de la 9è Symphonie.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #280 – Enrouler

Quand on dit « Rrrrrhooo » « rrrhhaa », est-ce qu’on dit déjà quelque chose ? Il semble qu’à peine un son proféré s’articule avec un autre que, déjà, de la signification se prépare et circule. À force de parler de musicalité de la poésie, se faufile pourtant l’idée qu’excitée dans ce qu’elle pourrait avoir de sonore, la poésie pourrait s’émanciper de tout commerce avec le sens et devenir une musique verbale, mais pure de toute charge sémantique. Au contraire, Antonia Soulez enroule sa poésie à sa pensée philosophique pour faire l’expérience d’une écriture qui continue de beaucoup signifier quand elle se frotte et s’enroule aux sons qu’elle produit. Le sens s’enroule au son d’autant que le sens procède de l’enroulement du son avec d’autres sons jusqu’à ne pas pouvoir ne pas faire sens.

Pour ce numéro « Enrouler » de Metaclassique, nous recevons la philosophe poète Antonia Soulez, mais aussi la mezzo-soprano et percussionniste Roula Safar et le clarinettiste Jean-Marc Chouvel venus jouer en temps réel dans les Studios de la SACD des enroulements vocaux et instrumentaux aux propos et poèmes d’Antonia Soulez, avec qui nous allons tâcher de parler à ras du langage et chercher à penser qu’est-ce qui peut bien se dire quand, à se tenir à même le ras du langage, on se dit de ces choses en plein dedans ce qu’on est donc en train de se dire.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #279 – Mijoter

Dans une tribune parue début 2024 dans La Lettre du Musicien, le compositeur Jean-Louis Agobet imaginait que, pour sortir de l’élitisme dont elle est accusée à tort ou à raison, la musique contemporaine devait prendre exemple sur la haute gastronomie. Il écrivait : « Élitiste, terriblement hermétique dans ses codes et son vocabulaire, la cuisine des happy few est devenue incroyablement ouverte et populaire sans renoncer à la qualité, l’exigence créative et l’invention, mais en abandonnant la pureté de l’espace dans laquelle elle se déployait, en repensant complètement le discours et les codes qui l’accompagnaient »

Si l’analogie peut toujours laisser perplexe, elle peut aussi donner envie d’essayer, ne serait-ce que pour vérifier qu’il est plus drôle d’en jouer, quitte à l’entendre au second degré. C’est bien dans un esprit ouvertement ludique que, dans le cadre de l’édition 2024 de Massyrama, la ville de Massy a accueilli Metaclassique pour organiser, en public, l’enregistrement de Top Maestro : et si, grandeur nature, on faisait l’équivalent d’une émission comme Top Chef ou Le meilleur pâtissier en remplaçant les épreuves culinaires par des épreuves de compositions musicales. Enregistré en public à l’Opéra de Massy, cet épisode « Mijoter » de Metaclassique a été conçu avec la complicité du pianiste Orlando Bass que vous entendrez interpréter les différents mets musicaux à peine composés par sept compositeurs et compositrices sélectionnées parmi de nombreux candidats par deux compositrices qui se sont prêtées au jeu d’être le jury de ce concours : Suzanne Giraud et Florence Baschet.

Les candidats sont Léon Appeldoorn, Mickaël Bernard, Yu Hsin Cheng, Ziyue Yu, Florestan Labourdette, Fanny Libert et Can Yücel,

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #278 – Criser

Dans La crise de la musique contemporaine et l’esthétique fondamentale, Jean-Marc Chouvel écrivait que « Le terme de ’’musique savante’’ froisse l’oreille de bien des compositeurs qui y voient une accusation d’ésotérisme peu compatible avec la vocation universelle de toute musique ‘’vivante’’. » Le compositeur et musicologue ajoute que « Dans toutes les cultures, l’accès à l’œuvre d’art, que ce soit pour sa pratique ou pour son appréciation, présuppose une certaine initiation, et cela peut aller d’une simple acculturation passive à un cheminement bien plus ésotérique. » Autrement dit, ce n’est pas le propre de la musique contemporaine que de demander à qui l’écoute de s’y habituer, de s’y acclimater, de s’y accoutumer. Mais si les forces vives de la musique contemporaine peuvent se sentir en peine, c’est parce qu’en plus d’une injonction à la compréhension immédiate, leur arrive la vive sensation d’être jugé comme une voiture de série dans un salon de l’automobile, quand ce n’est l’impression de devoir justifier leur façon de faire de la musique.

Lui-même traversé par le sentiment d’une crise, le compositeur Maël Bailly s’est engagé dans une thèse intitulée : « Changez d’adresse. La musique contemporaine à l’épreuve d’un dépaysement », pour laquelle il a voulu interroger des compositeurs et compositrices et recueillir leurs ressentis et leurs réflexions sur l’état de la musique contemporaine. Metaclassique a passé commande à Maël Bailly d’un volet radiophonique de cette enquête où une dizaine de talents émergents témoignent de la manière dont ils se sentent traités par le milieu, improprement comparés aux musiques de marché et parfois trahis par la tenace impression de se sentir redevables d’explication pour rendre leur musique plus accessible à un large public. Et dans l’espoir de neutraliser quelques parasitages de réputation et de tenter de maintenir au premier plan la qualité de leurs raisonnements, les personnes interrogées par Maël Bailly ont délibérément été maintenue dans l’anonymat, sans que leur voix n’ait pour autant été floutée.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Les pièces musicales en écoute dans l’émission sont : D’une étincelle et De un umbral vacante de Maël Bailly, interprétées par Nicolas Arsenijevic (saxophone) et Claire Merlet (alto)

Metaclassique #277 – Influencer

Dans Le neuf, le différent et le déjà-là : Une exploration de l’influence, la philosophe Judith Schlanger explique que l’influence brouille la distinction entre l’intérieur et l’extérieur de qui s’influence : « Car dès qu’il s’agit d’influence rien n’est purement interne (puisque ce qui influence provient d’ailleurs) et rien n’est purement externe (puisque ce qui influence est assimilé et intériorisé). » (p. 30) De là à ce qu’un peintre puisse se laisser influencer par de la musique, c’est sans compter que l’influence n’est qu’une des questions que peinture et musique peuvent avoir en partage… À l’occasion de l’exposition monographique du peintre Marc Desgrandchamps à la Galerie Duchamp à Yvetot, Metaclassique interroge le peintre sur son rapport à la musique. Et puisque toutes les émissions commencent par rappeler que « l’analogie peut aller très loin », nous irons jusqu’à nous demander : s’il faut toujours beaucoup de place pour faire éclater une couleur ? s’il vaut mieux faire des tableaux pas plus grand que soi ? si l’impressionnisme est plutôt contre la netteté ou pour la pollution ? Ou encore : s’il y a moyen d’arriver à aimer une musique huileuse ?

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #276 – Spéculer

Une petite musique circule qui voudrait que les compositions musicales encourent le risque d’atteindre certains niveaux de complexité où elles pourraient arriver à se couper du public. Dit comme ça, la musique pourrait devenir irrecevable pour une seule question de forme des œuvres, sans que ne se trouvent mises en cause : la forme que peuvent prendre les concerts où les œuvres sont « exécutées », la réputation que les dominants donnent aux expressions sonores spéculatives ou encore l’ambiance dans laquelle les lieux l’accueillent. Alors que prendre la complexité comme curseur des générations de compositeurs des 20è et 21è siècles, revient à se placer dans un surplomb qui suppose que ladite complexité a été digérée et n’est donc plus vraiment la question.

Dans Le Principe d’incertitude paru aux éditions Delatour, le compositeur Bernard de Vienne donne à la spéculation la vertu de faire un pont entre l’Ars Subtilior et certaines extravagances de la musique savante du XXè siècle. Mais c’est aussi dans ces spéculations qu’il trace un chemin de pensée de ses propres compositions musicales. C’est donc pour creuser les subtilités de la place de la subtilité que les micros de Metaclassique s’installent chez Bernard de Vienne, à Chaville, en compagnie de deux de ses amis : le philosophe Claude-Henry du Bord et le clarinettiste Jean-Christophe Murer pour un numéro « Spéculer » qui s’ouvre donc sur un madrigal de Paolo Da Firenze du début du XVè siècle.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Le principe d'incertitude

Metaclassique #275 – Résister

De la musique pendant la Seconde Guerre Mondiale, il nous reste beaucoup de traces dans les journaux, dans les correspondances des musiciens qui ont pu être publiées, dans les témoignages que les grandes figures ont bien voulu livrer à la radio. C’est comme ça que musicologues et historiens font couramment référence aux initiatives et aux positions que ces grands noms de la musique ont pu prendre sous le régime de Vichy, quand le gouvernement dirigé par le Maréchal Pétain avait placé la France sous le joug d’une Allemagne alors dirigée par Hitler. Mais les grands noms ne sont pas les seuls acteurs du monde musical à avoir résisté et œuvré à la libération de la France du joug nazi. Il y a, par exemple, les machinistes du Palais Garnier. Le Palais Garnier est devenu très tôt pendant la Seconde Guerre Mondiale, un lieu stratégique et nodal sous l’occupation de Paris par les allemands. Si bien que les archives de ses services techniques nous permettent aujourd’hui d’élargir le récit sur la vie musicale de l’époque.

Pour ce numéro « Résister » de Metaclassique, nous recevons Aurélien Poidevin qui est professeur agrégé d’histoire à l’université de Rouen, et qui a fait paraître aux éditions L’œil d’or, le livre Quand l’Opéra entre en résistance qu’il co-signe avec Guy Hervy, Guy Krivopissko et Axel Porin. Aurélien Poidevin est accompagné dans cette émission de Philippe Morin qui a animé les émissions Les vieilles cires, Les Pêcheurs de perles et Laser pendant une vingtaine d’années sur France Musique et qui n’a jamais cessé de collectionner les disques, y compris ceux que les parisiens des années 1940 pouvaient écouter.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Quand l'Opéra entre en Résistance - 1

Metaclassique #274 – Chiner

La Sonate « Appassionata » de Beethoven est tenue pour objectivement plus importante que la « Rêverie sur la musique blessée, dénaturée, violée, assassinée par beaucoup de cuistres contemporains » de Robert Caby. Mais il peut tout de même y avoir des raisons subjectives et néanmoins très importantes de préférer jouer l’Andante « 24 février » d’un Ervin Nyiregyhazi que Gaspard de la nuit de Maurice Ravel. Cette semaine, Metaclassique s’est rendu chez un pianiste chineur qui collectionne les œuvres de compositeurs qui ont échappés à la consécration. Et si François Mardirossian en est venu à s’attacher à ces musiciens, c’est parce qu’il a pris l’habitude de chiner si bien que toutes les partitions dont il a fait l’acquisition sont chargées d’une histoire singulière. Pendant les deux journées d’enregistrement dont cette émission vient vous offrir un condensé, nous avons égrené plus de cinquante partitions, cinquante artistes dévoués à la musique dont le point commun objectif est de ne pas avoir été retenues par la grande histoire, mais dont le seul point commun consistant est d’avoir été chiné par François Mardirossian

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #273 – Dater

Walter Benjamin écrivait « Le chroniqueur qui narre les événements sans jamais vouloir distinguer les petits des grands tient compte de cette vérité majeure que rien qui jamais se sera produit ne devrait être perdu pour l’histoire. » (Sur le concept d’histoire, 3). Cette phrase est citée par Jacques-Henri Michot dans un livre achevé d’imprimer le 24 avril 2023, Au jour dit – Le 24 avril en France aux éditions Al Dante, où l’on peut donc lire une série d’événements sans discrimination d’importance, tous survenus un 24 avril. Par exemple, c’est le 24 avril 1780 que Mozart terminait une lettre à sa cousine par : « A vos parents, de nous trois, deux garçons et une fille, 12345678987654321 compliments, et à tous les bons amis de ma part 624, de la part de mon père 100, et celle de ma sœur 150, ensemble 1774, et summa summarun, 12345678987656095 compliments. »

Depuis Un ABC de la barbarie paru en 1998, en passant par Derniers temps publié par les éditions NOUS en 2021, ce Metaclassique va cheminer avec Jacques-Henri Michot dans les références à la musique qui parsèment ses livres à travers l’agencement si particulier que produisent les coïncidences de dates dont son œuvre offre donc une collection.

Une émission produite par David Christoffel et réalisée avec Swann Bonnet.

L’entretien a été enregistré en deux fois au domicile de Jacques-Henri Michot à Marcq-en-Barœul près de Lille, les 9 octobre et 18 décembre 2023.

Metaclassique #272 – Ausculter

Au début du 19è siècle, le goût pour les contrastes dynamiques semble s’être généralisé au point que les nuances extrêmes et les sauts entre pianissimo et fortissimo passent dans le langage musical usuel. Dans la même période, on semble porter une attention de plus en plus soutenue à l’homogénéité de la couleur de la voix ou d’un instrument dans tous les registres de sa tessiture. Dans un contexte qui passe volontiers les questions d’expression au crible des connaissances scientifiques, l’Académie des Sciences s’en mêle en lançant en 1840 un appel pour que les chercheurs à donner des explications anatomiques, acoustique et physiologiques au mécanisme de la voix humaine. Les mémoires et traités sur la voix fleurissent, les médecins et les profs de chant croient parler de la même chose alors que sans doute pas tout à fait. Parmi eux, il y en a un qui est à la fois médecin et professeur de chant au Conservatoire, Manuel Garcia fils qui va pousser l’investigation jusqu’à développer un « laryngoscope » pour examiner le fonctionnement du larynx en train de chanter. Ledit « laryngoscope » est devenu un objet patrimonial qui a été acquis par la Villa Viardot, du nom de Pauline Viardot, la sœur de Manuel Garcia fils. Et c’est justement à la Villa Viardot à Bougival, à l’occasion de sa réouverture au public après sa restauration que le Centre Européen de Musique a offert à Metaclassique le soin d’inaugurer ses salons pour enregistrer cette émission pour offrir un premier événement à la mesure de ses enjeux : l’histoire du laryngoscope et, à travers lui, des débats scientifiques qui entouraient la voix lyrique à la grande époque du bel canto. Pour ce faire, nous accueillons Michèle Castellengo, chercheuse CNRS au Laboratoire d’Alembert qui a signé, en 2015 aux éditions Eryolles Ecoute musicale et acoustique, mais aussi l’historien du chant Pierre Girod qui enseigne à l’Université de Toulouse et Alessandro Patalini qui enseigne le chant au Conservatoire Frescobaldi de Ferrara et qui a édité « I dodici terzetti notturni senza accompagnamento di Manuel Garcìa Sr. »

Et puis, en fin d’émission, nous recevrons celui sans qui nous ne pourrions être dans cette Villa Viardot : le président-fondateur du Centre Européen de Musique, Jorge Chaminé qui est à l’origine de la restauration de la Villa Viardot et de l’acquisition du laryngoscope de Manuel Garcia fils.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autres numéros de Metaclassique conçus en complicité avec le Centre Européen de Musique : #122 – Vénérer, #141 – Ancrer et #178 – Européaniser.

Autres numéros de Metaclassique sur les objets scientifiques de la musique : #35 – Onduler (sur le thérémin), #110 – Mouiller (sur l’harmonica de verre), #134 – Chronométrer (sur le métronome), #222 – Combiner (sur le componium de Winkel) et #254 – Accorder (sur le diapason).

Metaclassique #271 – Revisiter

Quand on visite un appartement, on regarde les dimensions et, si tout va bien, on se projette sur ce qu’on pourrait faire dedans. Quand on visite une œuvre musicale, c’est presque pareil, au mur porteur près. Mais quand on re-visite, c’est qu’on veut aller encore un peu plus loin dans la projection et pourquoi pas même envisager quelques aménagements, le coût des travaux, le recours aux artisans qui vont pouvoir nous accompagner dans le réaménagement des lieux… Et, dans le genre, en musique, on peut même revisiter le répertoire par l’improvisation, réviser la pédagogie par la création , revisiter les jeux olympiques par le piano.

Metaclassique est installée dans l’Auditorium du Lycée Paul Eluard de Saint-Denis pour un enregistrement en public d’un numéro « Revisiter » : dans le cadre de la deuxième Biennale de piano collectif : en partenariat avec la Maison de la Musique Contemporaine, on se posera la question de la création dans les conservatoires – dont on va pouvoir entendre trois applications directes avec les étudiants des Conservatoires de Saint-Denis et de Clermont-Ferrand qui revisitent le Concerto en sol de Maurice Ravel, les jeunes élèves du Conservatoire d’Emmanuelle Tat au Conservatoire de Pierrefitte qui revisitent quelques disciplines olympiques, les élèves du Conservatoire du 15ème arrondissement à Paris et, pour commencer, cinq pianistes du Conservatoire de Brest dans Trois Sonates avec Interludes improvisés de John Cage.

Précédent numéro de Metaclassique enregistré dans le cadre de la Biennale : #161 – Multiplier

Metaclassique #270 – Réconcilier

Un compositeur pourrait être un phare pour un autre et lui écrire : « vous êtes à un virage extrêmement important dont je m’estime être le panneau signalisateur. Vous pouvez brûler ce panneau et passer outre mais j’ai l’intention, vis-à-vis de vous, de faire mon devoir jusqu’au bout. » Une manière de lui renvoyer la pareille est, en miroir, pour le compositeur qui reçoit le panneau signalisateur de lui-même faire feu d’avertissement, en lui répondant : « Vous êtes si vivement intelligent que vous vous trompez plus radicalement que la moyenne. Vous voyez, vous raisonnez puis vous cessez d’observer. »

Ces phrases en équilibre entre estime et défiance sont extraites de lettres que se sont échangées, à la fin des années 1950, Pierre Schaeffer et Iannis Xenakis. Le premier avait fondé une dizaine d’années plus tôt la « musique concrète ». Le second venait de réaliser Concret PH pour le pavillon Philips de l’exposition universelle de Bruxelles. Deux compositeurs qui partageaient le point commun d’avoir été formé à Polytechnique, qui avaient certainement une grande conscience de l’importance de l’autre, mais qui n’avaient pas la même conception des rapports entre musique et science.

Pour tenter de comprendre les tenants et aboutissants de la querelle, de reconstituer les raisons et les sentiments qui ont alimentés la brouille entre les deux compositeurs, Metaclassique est installé cette semaine dans l’espace musique de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou pour accueillir deux témoins : Jacqueline Schaeffer qui a été la compagne de Pierre Schaeffer de 1959 jusqu’à sa mort, en 1995 et Mâkhi Xenakis, la fille de Iannis Xenakis, mais aussi deux musicologues qui se sont intéressés à l’un et l’autre des compositeurs : côté Xenakis, Pierre Carré et côté Schaeffer, Nicolas Debade.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autre émission consacrée à Iannis Xenakis : #147 – Foncer. Autres émissions évoquant Pierre Schaeffer : #14 – Traduire, #100 – Cristalliser et #226 – Reluder