Metaclassique #399 – Grandir

Puisque l’opéra se donne presque toujours pour vocation d’embrasser les grandes questions de l’existence humain, il a presque toujours mis des enfants en scène. Mais ce n’est jamais que depuis les années 1960 que se sont développés des opéras spécialement adressés au jeune public. Est-ce à dire que l’opéra a un message à faire passer aux enfants, le genre lyrique se trouve-t-il à un endroit si nodal dans l’éveil à l’humanité ? Et alors que l’édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence empoignait le thème de l’initiation dans la plupart de ses productions, jamais le le festival n’avait eu autant d’enfants sur scène, avec 42 artistes mineurs âgés de 6 mois à 17 ans sur 4 de ses 5 productions, ce Metaclassique a été enregistré en public au Grand Théâtre de Provence où nous avons réunis le chanteur Chadi Lazreq qui, en 2019, avait chanté dans le Requiem de Mozart mis en scène par Romeo Castellucci un rôle repris par son petit frère, Hasnaa Bennani qui l’y a préparé , la chanteuse Rachel Masclet qui interprète Marie dans l’opéra Accabadora de Francesco Filidei, la musicologue Theresa Schmitz qui a publié sa thèse L’opéra jeune public aux éditions Vrin, Frédérique Tessier qui est responsable de l’action culturelle du Festival d’Aix et tout d’abord Manon Bohn qui est administratrice de production pour évoquer les enjeux logistiques associés à l’encadrement juridique qui veille à la protection du travail des enfants sur scène.

Une émission préparée et animée par David Christoffel.

L'opéra jeune public de Theresa Schmitz - Grand Format - Livre - Decitre

Metaclassique #398 – Marcher

Quand frédéric dumond a dit à Esther Ferrer, « Changer de position », elle a répondu : 

« Moi je change tout le temps de position. De position dans le lit, parce que j’ai beaucoup d’insomnies, alors je change beaucoup de position, absolument. Est-ce que j’ai changé de position par rapport à l’art, par exemple ? Je ne crois pas. Tu me demandes position dans tous les sens, si c’est seulement physique j’ai changé de position je ne sais pas combien de fois depuis qu’on est là, mais si c’est mentalement… J’ai changé de position, par exemple, vis-à-vis de la musique, et ça grâce à deux facteurs. John Cage a changé complètement l’idée que je me faisais de la musique. Cage disait : « Si un bruit te dérange, écoute-le deux minutes, s’il te dérange encore, écoute-le trois minutes, etc. il arrivera un moment où tu l’écouteras comme de la musique ». Un jour, il y a beaucoup d’années, je devais faire un scanner. J’ai commencé le scanner, à l’époque ça faisait beaucoup de bruit. Et j’ai pensé à Cage, et je me suis dit : « je vais l’écouter comme de la musique » et je te jure que quand l’opérateur du scanner m’a dit : « C’est fini », j’ai trouvé ça super court, je ne m’étais pas rendue compte, j’étais dans l’écoute. Et cette expérience, par rapport à Cage, ça
a été définitif dans mon rapport à la musique. J’ai continué à avoir mon goût pour la musique bien sûr, mais savoir écouter le bruit de ce monde comme si c’était de la musique, ça c’est Cage qui me l’a révélé. » 

À l’heure où cet entretien est publié par les éditions Vroum dans un livre intitulé ACTION !, un chemin en performances, nous sommes allés, avec frédéric dumond, à la rencontre d’Esther Ferrer pour évoquer sa pensée de la performance et de ses liens avec la musique de Satie, de son mari, Tom Johnson et de John Cage.  

Une émission de David Christoffel.

Metaclassique #397 – Copier

"Jean Miélot dans son scriptorium", de Jean le Tavernier (XVe siècle)

Jean-Jacques Rousseau écrivait que « le plus habile copiste est celui dont la musique s’exécute avec le plus de facilité sans que le musicien même devine pourquoi. » À croire que le développement de l’imprimerie a définitivement consacré la fidélité à l’original comme le critère principal et quasiment unique de qualité d’un copiste doit faire oublier qu’elle est une copie et transmettre les informations utiles aux musiciens avec une si grande facilité qu’elle doit être comme transparente. On en convient. Mais on ne fera pas une heure d’émission là-dessus. parce que copiste c’est un métier, du moins nombreux sont ceux qui en ont fait leur spécialité. Pour saisir à quel point, les micros de Metaclassique sont installés au Salon Marguerite Long de la Bibliothèque Lagrange-Fleuret où nous recevons deux musicologues, Pascal Denécheau et Laurent Guillo, qui, dans le cadre du projet AteCop, ont recensé et étudié le travail des premiers copistes français de 1650 (juste avant Lully), jusqu’à 1730 (juste avant Rameau). Ils s’appellent François-André Danican Philidor, Henri Foucault ou encore

Sébastien de Frossard. En plus de fournir les musiciens en partitions soignées et lisibles des compositeurs les plus en vue de leur époque, ils ont permis de perpétuer des répertoires de niche que les imprimeurs n’avaient pas vocation à publier.

Une émission préparée et présentée par David Christoffel.

Metaclassique #396 – Travailler

La culture des champs, la manœuvre des voiles, le martèlement du forgeron, l’abattage des arbres peuvent être autant d’occasion de moments de musique. S’ils donnent cœur à l’ouvrage, les chants de travail ne sont pas forcément la clé du bonheur. Et s’ils peuvent se faire si poignants à l’écoute, c’est peut-être justement parce qu’ils touchent aux servitudes plus ou moins volontaires auquel le travail a immanquablement exposé chacun d’entre nous.

À l’occasion d’une matinale de l’Abbaye de Noirlac, à l’invitation d’Elisabeth et David Sanson, Diana Baroni est venue avec Jasser Haj Youssef et Romain Lecuyer interpréter des chants de travail collectés au Moyen-Orient et en Amérique Latine au cours d’un concert qui était précédé par une conférence de l’historien Aurélien Peter qui a pris le temps de déplier les différents temps du chant de travail : des airs qu’on entonne pour s’encourager à se mettre au travail, des chants qui accompagnent le labeur jusqu’aux petits « eh oh eh oh » de ceux qui rentrent du boulot.

Metaclassique a capté le concert à l’Abbaye de Noirlac et reconstitue l’esprit de cette matinale en recevant, pour ce numéro « Travailler », l’historien Aurélien Peter et la chanteuse Diana Baroni.

Une émission labourée par David Christoffel.

Metaclassique #395 – Chipoter

Fanny Libert

Le verbe chipoter n’a pas le même sens en France et en Belgique. En France, on dit de quelqu’un qu’il « chipote » comme on pourrait dire qu’il pinaille ou qu’il ergote, qu’il cherche la petite bête pour causer quelques difficultés à quelqu’un d’autre. Ce qui peut d’ailleurs être une manière de prolonger le plaisir d’être ensemble. D’où l’expression : « Ce n’est pas pour chipoter, mais votre Do # est un peu bas… » Alors qu’en Belgique, « chipoter » est plutôt une variante de « tripoter ». Par exemple : « Si je chipote le Do# du basson dans une réverbe très étroite, est-ce qu’il paraîtra plus haut ?. »  Ce numéro de Metaclassique s’intitule « Chipoter » parce qu’il a été enregistré en Belgique et parce qu’il raconte la manière dont Fanny Libert tripote les sons et s’y prend pour composer sa musique. Pendant une heure, nous allons marcher dans les rues de Bruxelles avec la compositrice Fanny Libert qui raconte son rapport à la musique à travers les endroits qu’elle a fréquenté depuis son enfance.

Une émission chipotée par David Christoffel.

Metaclassique #394 – Radiophoner

« Du mot écrit au mot lu, du mot lu au mot énoncé, du mot énoncé au mot enregistré, et diffusé et écouté et entendu est accomplie une suite d’opérations : docimasie, altération, cémentation, précipitation. » Le producteur de radio Alain Trutat avait ainsi expliqué qu’il y a bien une écriture radiophonique qui n’est pas une stricte transposition sur un écran sonore de l’écriture littéraire ou poétique.

À la suite de Pierre Schaeffer qui tenait la radio pour le « huitième art », Alain Trutat entendait consacrer la radiophonie comme l’un des beaux-arts jusqu’à réussir à imposer, à partir de 1969, sur les ondes de France Culture, un créneau de trois heures intitulée « Atelier de création radiophonique » où les micros étaient tendus à tous les sons du monde, aux esthétiques sonores et musicales les plus diverses, aux voix prestigieuses et anonymes sans hiérarchie, mais avec un grand soin dans le montage chaque fois calibré pour la circonstance.

Dans un texte qu’il consacrait à Alain Trutat dans le journal Le Monde au moment de sa mort, en août 2006, un ancien directeur de France Culture, Jean-Marie Borzeix saluait une « vie à fuir les honneurs et les premiers rangs » et un homme « Peu enclin par nature à faire des concessions ».

Pour mieux faire connaissance avec celui qui a été surnommé « l’éminence grise de la radio » quand il n’était pas appelé « le mandarin », pour identifier quelle pensée de la parole poétique et de la musique devait permettre de se faire une idée aussi haute de la radio, Metaclassique tend ses micros à quatre complices d’Alain Trutat : Kaye Mortley, Michel Creïs, Christine Rey et Michèle Cohen.

Une émission préparée et engagée par David Christoffel.

Metaclassique #393 – Réduire

« Le tempo est une condition pour que la multitude des enseignements que le son nous donne puisse être réduite à une unité. » Voilà une phrase du chef d’orchestre Sergiu Celibidache qui avait déployé une pensée de la musique adossée à une notion de « réduction » directement inspirée de la phénoménologie de Husserl, mais qu’il avait redéfini de manière si personnelle que sa pensée pourrait paraître mystérieuse, voire dissuader d’en chercher la cohérence. 

Pour saisir les tenants de la pensée de Celibidache et la manière dont ils se tiennent ensemble, Metaclassique a interrogé celui qui a été son assistant, Konrad von Abel, celui qui a suivi son enseignement au cours de ses huit dernières années, Patrick Lang, et deux musiciens portés par la pensée de Sergiu Celibidache : la violoniste Sophie Barthélémy et le contrebassiste Corentin Jadé.

Un documentaire réduit et unifié par David Christoffel.

Metaclassique #392 – Contrer

On ne sait pas forcément si le mot « concerto » vient du latin Conserere qui peut vouloir dire « unir » ou de concertare qui serait plutôt une façon de se préparer à dire « lutter ». Ou alors : on ne veut pas savoir le sens exact du mot, parce qu’on préfère en découdre avec ce qu’on fait quand on joue un concerto. L’orchestre La Sourde s’est lancé dans la réalisation d’un Concerto dans lequel piano et orchestre viennent se contrer mutuellement. Pour comprendre pourquoi, vous entendrez au cours de ce documentaire, la violoncelliste Myrtille Hetzel, le compositeur et saxophoniste Antonin-Tri Hoang, la pianiste et compositrice Eve Risser, le violoniste Boris Lamerand, le dramaturge Samuel Achache et, pour commencer, dans moins de deux minutes, le batteur et percussionniste Thibault Perriard.

Un documentaire conçu et réalisé par David Christoffel.

Metaclassique #391 – Baptiser

D’après tel ou tel Guide des prénoms, on peut lire que les Florestan sont en général créatifs, sensibles, sociables, peut-être un peu menteurs, mais surtout fantaisistes. Voilà qui pourrait suffire à donner envie d’appeler son enfant Florestan. Mais quand des parents appellent leurs enfants Florestan, ils ont souvent en tête le Florestan de Schumann ou de Beethoven. Metaclassique a donc mené l’enquête auprès de trois Florestan : Florestan Labourdette, Florestan Segond-Genovesi et Florestan Labia ainsi que de leurs parents pour chercher à savoir si leur goût très prononcé pour la musique et leur caractère est si déterminé que ça par leur prénom.

Un documentaire conçu et réalisé par David Christoffel.

Metaclassique #390 – Combattre

Si le violon est l’instrument le plus représenté dans les orchestres symphoniques, si nombre de virtuoses aujourd’hui font du violon un instrument incontournable, s’il n’existe pas de conservatoire où il n’est pas enseigné, le cornet à bouquin passe en comparaison pour une rareté, un instrument de niche menacé de disparition depuis déjà plusieurs siècles. Il y a 400 ans, le violon et le cornet à bouquin étaient pratiqués en relative égalité d’importance jusqu’à ce que l’un finisse par être beaucoup plus employé que l’autre.

Avec la complicité de l’ensemble Artifices et des Traversées Baroques, Vincent Bouchot a imaginé un procès où les mérites du cornet à bouquin et du violon baroque sont vantés respectivement par Judith Pacquier et Alice Julien-LaferrièreMetaclassique était à la création du spectacle Combat de Chef·fes au Théâtre de Beaune pour interroger les concernés sous leur nom italianisé pour l’occasion du procès, à savoir Alice Giuliano-Ferrara et Judita Pasquini. En fin d’émission, vous entendrez également Laurent Stewart ou plutôt Lorenzo Majordomo et la violoncelliste Maguelonne Carnus alias Magdalena Cardosa qui, dans le cadre du Combat des Chef·fes, sont devenus des magistrats assistants du juge incarné par celui qui a imaginé ce procès, Vincent Bouchot. 

Une émission conçue et cousue par David Christoffel.

Metaclassique #389 – Vouloir

Schopenhauer écrivait dans ses Parerga : « La musique est la mélodie dont le texte est le monde. » Voici que le monde serait donc ultérieur à la musique. Dans Le monde comme volonté et comme représentation, le philosophe dit même que « le monde pourrait bien être appelé une incarnation de la musique, tout aussi bien qu’une incarnation de la volonté ». Alors, dans ce numéro « Vouloir » de Metaclassique, nous allons chercher quelle pensée de la volonté Schopenhauer a-t-il pu développer pour la tenir en équivalence avec la musique? A suivre la pensée du philosophe, en approuvant la musique, on serait même obligé d’approuver à son insu la volonté à un moment antérieur à elle-même. Pour ce faire, nous accueillons deux de ses lecteurs Dimitri Kerdiles qui a soutenu une thèse à Rennes 2 sur Schoenberg et l’idée musicale en s’arrêtant longuement sur la place cruciale que Schopenhauer vient y occuper et, pour commencer, l’auteur de l’essai Schopenhauer et la musique aux éditions PUF, Santiago Espinosa pour qui la musique ne concerne pas uniquement quelques lignes dans l’oeuvre de Schopenhauer mais les imprègne toutes.

Une émission voulue et cousue par David Christoffel.

Schopenhauer et la musique - 1

Metaclassique #388 – Traderir

Entre les comptines, les hymnes, les sonneries militaires, les chants de manifs ou les clameurs de supporters, il y a un point commun : on reprend facilement des airs déjà existants pour y mettre des paroles de circonstance selon les besoins du culte, d’une manif ou d’un match de foot. Le Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter a publié les actes du colloque Chanter sur l’air de…, une publication électronique accessible en ligne depuis un lien disponible sur metaclassique.com et dont nous réunissons à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, trois des musicologues ayant participé au colloque : Raphaëlle Legrand qui parlera autant comme à la fois spécialiste de la musique du xviiiè siècle que comme praticienne des chants de manifs féministes et qui est venue accompagnée de quelques choristes des Voix Rebelles, François Picard qui a cherché par où a bien pu passer le « tralala » de la Mère Michel et, pour commencer, Alice Tacaille qui a pu repérer comme certains airs ont pu se détacher de leurs paroles originales et comme la poésie et la musique ont alors renouvelé leurs rivalités à partir de l’apparition de l’imprimerie musicale, en 1528.

Une émission préparée et présentée par David Christoffel.

Lien vers la publication Chanter sur l’air de