Metaclassique #184 – Eclairer

Plutôt qu’un opéra, La Flûte enchantée est plus précisément un « singspiel ». Plutôt qu’une œuvre à symboles, La Flûte enchantée est peut-être initialement un spectacle d’inspiration shakespearienne. Et au lieu d’un ouvrage maçonnique, La Flûte enchantée est certainement un jeu taillé sur mesure pour la troupe de son librettiste Schikaneder. Après une fouille des sources en Angleterre, en Italie, en Allemagne et en Autriche, la musicologue Sophie Zadikian a livré aux éditions Aedam Musicae, l’essai La Flûte enchantée, fiction et réalités et vient éclairer ce 184ème numéro de Metaclassique qui est aussi l’occasion d’écouter les airs de La Flûte enchantée d’une popularité qui est même passée par des horloges à flûte.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #183 – Bourgeonner

Pour percer dans la musique, on peut se muscler de psychologie positive, chercher des recettes efficaces, tout faire pour marquer les consciences, utiliser des engrais qui permettent d’avoir des formes musicales assez standardisées pour, d’office, séduire le plus grand nombre qui, en général, est justement le nombre de ceux qui se laissent prendre aux formules mainstream. Ou alors, on peut choisir de manger bio, de se frotter à d’autres singularités, de composer avec ses zones de fragilité et d’affiner ses manières tout en élargissant son spectre d’attention.

Avec le soutien de la SACEM, Le Cerisier est un projet d’accompagnement artistique imaginé par le Projet Bloom, dans lequel quatre artistes du sonore sont suivis pendant une année. Au terme d’échanges suivis tout au long de la saison, les quatre artistes et toute l’équipe du Projet Bloom se retrouvent à La Tour de Guet, en Corrèze, l’association dirigée par Jean-Marc Chouvel (qui avait été l’invité du n° 2 – « Avancer » – de Metaclassique).

Pour la session de 2022, ce sont les artistes du sonore – dans l’ordre d’apparition à venir : Shao-Wei Chou, Hsinyun Tsaï, Aude Rabillon et Jean-Etienne Sotty qui ont été accompagnés, dans leur bourgeonnement, par – dans l’ordre de co-éclosion : Franck Mas, Frédéric Mathevet, Ivan Solano et Colin Roche. Le projet Bloom a invité Metaclassique à suivre l’intégralité de cette semaine de résidence à La Tour de Guet, dont voici une sorte d’album de famille.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #182 – Accueillir

Quand elle est une exploitation ou un rapport de domination, l’utilisation d’éléments d’une culture par les membres d’une autre culture peut être dénoncée comme de l’ordre de l’appropriation culturelle. Au contraire, le dialogue des cultures commence quand, au lieu d’exploiter, de vampiriser les musiques lointaines, les créateurs composent une logique d’échange ou d’accueil. Là où l’exotisation d’une musique par une autre peut avoir de quoi être idéologiquement choquante, elle est souvent et d’abord stylistiquement navrante. Au lieu de laisser les crispations identitaires dominer le débat musical sur les échanges interculturels en matière de création musicale, ce numéro de Metaclassique préfère donc chercher la nuance en explorant la diversité des pratiques d’emprunt d’éléments à des musiques lointaines par des créateurs occidentaux, mais aussi la grande variété des manières de se documenter sur lesdites musiques lointaines. C’est justement le panorama que propose le livre Musiques traditionnelles et création contemporaine que notre invité, Jean-Yves Bosseur, a fait paraître aux éditions Minerve.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
Avec la participation d’Omer Corlaix.

Metaclassique #181 – Déchiffrer

Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion arrive à décrypter les hiéroglyphes. Il tient la clé du déchiffrement au moment où il comprend que les hiéroglyphes ne contiennent pas seulement des signes alphabétiques, mais aussi des signes phonétiques. C’est donc bien en prêtant l’oreille aux hiéroglyphes que Champollion a réussi à en percer le mystère. Et si on tient le 27 septembre 1822 comme le moment précis du basculement dans les recherches qu’il avait entamées de longues dates, c’est parce que c’est le jour où il écrit à Bon-Joseph Dacier, qui était le secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à l’Institut de France (tout à côté de la rue de l’appartement de Champollion). Dacier qui était aussi dirigeant de la Bibliothèque nationale de France.

En parallèle à son exposition « L’aventure Champollion », la Bibliothèque nationale de France a invité Metaclassique à concevoir une émission de radio avec les élèves de la classe UPEAA du Lycée professionnel Charles Baudelaire d’Evry-Courcouronne au cours de laquelle il sera question de pierre de Rosette, de définition égyptienne de la joie, de recryptages de la langue française, voire de partitions de Chopin – sachant que, tout au long de cette émission, nous n’écouterons que des œuvres composées en 1822.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #180 – Ecorner

« La phobie du temps historique [y] apparaît telle une topique réactionnaire, mais n’offre point de répit à une condition torturée ; Bach est le pourvoyeur d’une terrible intelligence des choses, mais non point de la quiétude et du salut. »

Cette très belle phrase est extraite du très beau livre de Frédéric Sounac, Black Back paru aux éditions Aedam Musicae. Des saillies de Cioran, Adorno ou encore Kundera aux blagues entre geeks plus ou moins mélomanes en passant par les bandes sons de films hollywoodiens, la musique de Bach s’universalise toujours un peu plus à mesure qu’elle fait l’objet d’écornages discutables, de références ouvertement sceptiques alors que très éprises des enjeux de ces doutes plus importants, Frédéric Sounac a fait une histoire culturelle des contre-références à Bach en scrutant les essais, les romans, les films jusqu’aux échanges de mèmes sur les réseaux sociaux qui écornent l’image du Cantor de Leipzig et qui, presqu’à chaque fois, viennent donc en confirmer le statut tutélaire, insurpassable et insurpassé. Frédéric Sounac est l’invité de ce 179ème numéro de Metaclassique.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #179 – Abuser

My Way (2011)

Il y a des gens qui abusent des bonbons et à qui ça cause des problèmes. Alors qu’il y a des )gens qui abusent de plaisirs beaucoup plus déraisonnables ou illicites et qui ne rencontrent pratiquement aucun problème au bout du compte ou tellement moins qu’ils auraient imaginé à cause de ceux qui ont abusé de leur confiance en les surchargeant de conseils d’ailleurs très bienveillants quand on repense au fait que, à chaque fois, ça partait d’une très bonne intention. Il y a même des gens qui abusent de leurs propres qualités et à qui cela peut jouer des tours… Et puis, il y a Hélène Delprat qui abuse tout court, qui exagère d’un rien ou d’un peu tout ’ ou même un peu plus – et encore. D’autant que ça lui cause : un certain nombre d’œuvres d’art dans lesquelles tout veut bien communiquer avec tout. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une exposition d’Hélène Delprat intitulée Macbeth a raison à la Galerie Marcel Duchamp à Yvetot qu’en complicité avec le Centre d’art contemporain d’intérêt national, Metaclassique vient farfouiller tout ce qui se trame avec ou par la musique dans tout ce que Hélène Delprat n’arrête pas d’abuser.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #178 – Européaniser

L’Europe a besoin de récits. Mais comme disait Laurent Gaudé dans un colloque organisé au Collège de France en juin 2022 sur les histoires et mythes de l’identité européenne : ces récits et ces mythes sont peut-être moins un legs qu’une question à laquelle on ne doit pas répondre pour les garder à l’état de tourments. Voilà justement une question qui tourmente autant le Centre Européen de Musique que Metaclassique : pourquoi la musique n’est-elle pas plus au centre de la construction européenne ? C’est avec le concours de l’association L’UE Parlons-en et grâce , Metaclassique est enregistré à la Maison de l’Europe que cette émission reçoit le président de la Maison de l’Europe Michel Derdevet, le président-fondateur du Centre Européen de Musique Jorge Chaminé et le musicologue Nicolas Dufetel, éditeur des « lettres européennes » de Felix Mendelssohn aux éditions Le Passeur. Pour ouvrir cette heure toute d’interrogations, la première question est peut-être de savoir : y a-t-il un rapport entre Robert Schuman (l’ancien président du Parlement européen) et Robert Schumann (le compositeur) ?

Une émission produite et réalisée par David Christoffel

Metaclassique #177 – Oeuvrer

Il ne fait aucun doute qu’un personne qui écrit une partition fait de la musique. Il ne fait aucun doute qu’une personne qui joue cette partition fait de la musique. Pourtant, là où il ne fait aucun doute que celle qui compose fait une œuvre, il n’est pas si facilement octroyé à celle qui l’exécute que son œuvre d’interprétation est une œuvre. Il n’empêche qu’en jazz, on numérote les prises comme, en classique, on numérote les opus, c’est-à-dire les œuvres.

Au début des années 1980, un musicologue italien de 25 ans, Vincenzo Caporaletti a commencé une thèse qui cherchait à définir le swing. Une notion sur laquelle les musicologues occupés à analyser des partitions restaient particulièrement secs. Au moment de soutenir sa thèse, en 1984, il avance le « principe audiotactile » pour décrire tout ce qui, dans la musique, ne peut se laisser appréhender par une seule analyse des supports écrits de la musique.

Et ce « principe audiotactile » a été un tournant dans la vie d’un pianiste et musicologue français, né la même année que Caporaletti : Laurent Cugny qui a publié aux éditions Symétrie un premier tome du projet Recentrer la musique, premier tome consacré à l’audiotactilité. Pour discuter de son ouvrage et réfléchir autour du verbe « œuvrer », Metaclassique l’accueille au Salon Mahler de la Bibliothèque La Grange Fleuret en compagnie de deux autres invités qu’il a lui-même choisi : la musicologue Violaine Anger et le philosophe Bernard Sève.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #176 – Définir

Quand on cherche une définition, on peut toujours aller consulter un dictionnaire. Au lieu de tout de suite s’en remettre à l’autorité des académiciens, on peut aussi faire circuler la parole. Pour ce numéro « Définir » de Metaclassique, nous avons réuni trois musiciens qui ont pour point commun d’avoir, dans les dernières semaines, sorti un disque avec des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Vous allez donc pouvoir entendre la claveciniste Lilian Gordis et les pianistes Dimitri Malignan et Dimitri Papadopoulos échanger autour d’un mot si rare qu’il peut passer pour mystérieux : le mot « dianoétique ». Comme le jeu du dictionnaire peut aussi trouver du relief sur des mots connus pour être transparents, nos invités échangeront leur définition du mot « lumière » associée à l’écoute d’une autre plage de l’un des trois disques. Mais d’abord, nous ouvrons l’émission à la recherche de la définition d’un mot relativement courant chez les interprètes même s’ils n’en ont pas tous la même définition : le mot « agogique » qui sera débattu par nos trois invités, après l’écoute d’un extrait de l’Allemande de la Partita en ré majeur BWV 828 de Bach.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel, enregistrée au Studio SACD.

Metaclassique #175 – Iriser

Le 18 juin 1799, seulement quelques mois avant l’entrée dans le siècle romantique, Novalis écrivait : « Le son ne semble être qu’un mouvement brisé, au sens où la couleur est de la lumière décomposée. » Tout ce que la musique peut alors nous donner à entendre est en effet relié à quelque chose d’absolu, pour peu que l’on sente en effet que tout ce qu’on en reçoit est une version irisée d’un inconditionné. À l’heure où Novalis multiplie les fragments poétiques pour que se faufile, entre ses faisceaux de pensée, un saisissement plein, les nouvelles possibilités sonores développe une technique sans précédent, qu’on a alors appelé le « jeu céleste ».

Pour ce numéro Iriser en partenariat avec l’association La Nouvelle Athènes – Centre de pianos romantiques, Metaclassique est installé à l’Arcal avec Luca Montebugnoli que nous entendrons déployer et expliquer ledit « jeu céleste » sur un piano Erard de 1806 et Olivier Schefer que nous interrogerons en qualité de spécialiste de Novalis. Novalis qui disait aussi : « Comme les sons de la harpe éolienne, les objets doivent se présenter en une fois, sans causalité – sans trahir leur instrument. »

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #174 – Etriller

À force de pousser la voix jusqu’à des limites dont ses phrases peuvent ne pas sortir indemnes, la voix d’Antonin Artaud peut sonner perçante, ce n’est pas pour des raisons uniquement sonores. C’est aussi que sa pensée n’a pas assez de forcer le langage pour en étriller les logiques. Quelle forme la musique peut prendre pour soutenir ou co-démembrer ou exciter une nécessité d’éruption si ultime ? Et d’ailleurs, pourquoi les musiciens qui se sont occupés de faire œuvre sonore avec la poésie d’Artaud évoluent-ils si souvent dans le domaine électro-acoustique ?

À cette question, la philosophe Pauline Nadrigny a offert des éléments de réponse. Dans l’ouvrage collectif Orphée dissipé, elle imagine notamment un lien logique et conséquent entre la force autant libératrice que contestatrice des glossolalies d’Artaud et les opérations de répétition et variation qui se spécialisent dans les manipulations électroacoustiques du son. C’est en complicité avec Hémisphère son et sans la moindre crainte que la question puisse s’en trouver diffractée que Metaclassique est accueilli cette semaine par La Cassette pour mieux réunir : une invitée mystère, un compositeur artaudien et un professeur émérite des universités.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Un numéro en partenariat avec Hémisphère Son.

Metaclassique #173 – Empelliculer

Dans un essai intitulé Opera Mundi, La seconde vie de l’opéra, le philosophe Mehdi Belaj Kacem avait une formule ouvertement paradoxale qui soutenait que « C’est l’opéra qui est la seconde vie du cinéma, pas le contraire. » Avant que le débat ne devienne esthétique, il a d’abord été pratique : autour de 1900, quand le cinéma a cherché l’attention du public, il a eu besoin des compétences des gens d’opéra pour mieux la trouver. Si les destins de l’opéra et du cinéma sont maintenant a minima indémêlables l’un de l’autre, c’est peut-être parce qu’au départ, les techniques de jeu et les mondes de confection ont beaucoup circulé de l’opéra au cinéma. À l’occasion de la parution du livre De la scène à la pellicule aux éditions L’Œil d’Or, c’est dans le Salon Mahler de la Bibliothèque La Grange Fleuret que Metaclassique accueille cette semaines trois voix qui ont contribué à l’ouvrage : Alain Carou, qui a été conservateur des collections vidéo de la BnF, spécialisé dans le cinéma muet français, Quentin Gailhac qui prépare une thèse en phénoménologie de la musique et la pianiste Anne Le Bozec qui a joué des partitions spécialement composé par la pellicule, en même que la partition que l’on prend pour la première musique de film : L’Assassinat du duc de Guise de Camille Saint-Saëns.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.