Metaclassique #400 – Interviewer

Dans L’Intervieweur, Alain Veinstein décrivait certains de ses invités. Il observait plus spécialement l’effet du micro sur leur parole. De tel invité, il relevait : « Je me rends compte que ses lèvres forment des mots qu’il s’adresse à lui-même, tout en les chargeant de l’impatience que lui inspire la contrainte d’avoir à la prononcer. » Voilà que la radio élargirait à force de dramatiser le temps qui sépare l’élancement dans la parole de la parole elle-même. D’un autre, Alain Veinstein écrivait : « Lorsqu’il parle, sa voix n’adopte pas tout à fait la légèreté de ton qu’il cherche à avoir. » Et surtout, il semblait guetter comme ses interviewés venaient eux-mêmes guetter l’effet de leur parole sur l’intervieweur, en soulignant à propos d’un autre : « Il a honte de ce qu’il pourrait dire de la même façon que certains craignent par anticipation, s’ils étaient victimes d’un accident, de répandre leur sang sur la voie publique. Lui, quand par miracle il prononce une phrase, il me dévisage comme pour s’assurer que les éclaboussures ne m’ont pas atteint. »

Pour son 400ème numéro, Metaclassique ne va pas tant traquer les endroits où les quelques 700 invités n’ont pas pu si bien s’exprimer que de continuer à se demander comment travailler l’interview. Pour ce faire, nous accueillons deux complices : Christophe Deleu qui signe aux éditions édiSens, Les secrets de l’interview et Irène Omelianenko, présidente d’honneur de l’ADDOR, l’association de défense du documentaire radiophonique.

Une émission réfléchie et animée par David Christoffel.

Les secrets de l'interview - 1