Metaclassique #394 – Radiophoner

« Du mot écrit au mot lu, du mot lu au mot énoncé, du mot énoncé au mot enregistré, et diffusé et écouté et entendu est accomplie une suite d’opérations : docimasie, altération, cémentation, précipitation. » Le producteur de radio Alain Trutat avait ainsi expliqué qu’il y a bien une écriture radiophonique qui n’est pas une stricte transposition sur un écran sonore de l’écriture littéraire ou poétique.

À la suite de Pierre Schaeffer qui tenait la radio pour le « huitième art », Alain Trutat entendait consacrer la radiophonie comme l’un des beaux-arts jusqu’à réussir à imposer, à partir de 1969, sur les ondes de France Culture, un créneau de trois heures intitulée « Atelier de création radiophonique » où les micros étaient tendus à tous les sons du monde, aux esthétiques sonores et musicales les plus diverses, aux voix prestigieuses et anonymes sans hiérarchie, mais avec un grand soin dans le montage chaque fois calibré pour la circonstance.

Dans un texte qu’il consacrait à Alain Trutat dans le journal Le Monde au moment de sa mort, en août 2006, un ancien directeur de France Culture, Jean-Marie Borzeix saluait une « vie à fuir les honneurs et les premiers rangs » et un homme « Peu enclin par nature à faire des concessions ».

Pour mieux faire connaissance avec celui qui a été surnommé « l’éminence grise de la radio » quand il n’était pas appelé « le mandarin », pour identifier quelle pensée de la parole poétique et de la musique devait permettre de se faire une idée aussi haute de la radio, Metaclassique tend ses micros à quatre complices d’Alain Trutat : Kaye Mortley, Michel Creïs, Christine Rey et Michèle Cohen.

Une émission préparée et engagée par David Christoffel.