Metaclassique #356 – Véxer

La véritable histoire des exorcismes, celle que l'on ne raconte pas dans  les films | National Geographic | National Geographic

Un soir, au conservatoire d’Amsterdam, un pianiste qui venait d’être acclamé, a répondu à l’appel au bis par les Vexations d’Erik Satie, œuvre qui consiste en la répétition 840 fois d’un même bref motif et qui, en fonction du tempo choisi, peut durer entre 14 et 35 heures. Au bout de 20 minutes, le public a commencé à quitter la salle et, peu de temps après, il ne restait plus que le pianiste et le concierge. De fait, la suite de l’histoire est revenue à l’initiative de qui a bien voulu la commenter sous la vidéo YouTube.

Alors qu’il a été sollicité par la revue Catastrophes pour intervenir dans un dossier consacré à l’avant-garde, le poète Antoine Hummel a livré « Vexations. Une expérience utilisateur. », un texte qui revient sur les souvenirs de quelques commentaires laissés sous la vidéo YouTube de l’événement qui, dans son éclat d’anecdote, donne une occasion au poète de mieux dire ce que peut être un fun fact. Si le fun fact est relativement nul du point de vue réflexif, Antoine Hummel a l’air d’en profiter pour faire une table rase et s’offrir une bonne occasion de faire de la narratologie à la main et de dévisager qui pourrait bien se vouloir narrateur d’une situation pareille. Et puisque les internautes commentateurs de vidéo YouTube finissent par se percevoir comme une communauté, il y a de quoi la redévisager grâce au livre Le Club qu’Antoine Hummel publie aux éditions Zoème, où Le Club est défini comme une « Expansion symphonique des raisons personnelles en vue de leur abolition comme entités séparées mais dans le respect de leurs êtres distincts. »

Une émission conduite et garée par David Christoffel.

|Lire le texte non-expurgé| d’Antoine Hummel pour la revue Catastrophes.

Metaclassique #355 – Eplorer

À la fois reine et compositrice, Hortense de Beauharnais a légué la romance En partant pour la Syrie que son fils Napoléon III a hissé au rang d’hymne officiel du Second Empire. Du point de vue de l’ensemble des dizaines et dizaines de romances composées par la compositrice-reine, le peu que l’on connaît de sa musique est focalisé sur son utilisation diplomatique et laisse dans l’angle mort les raisons intimes qui pouvaient motiver ses activités musicales. À l’heure où le Château de la Malmaison et l’association La Nouvelle Athènes se sont associés pour faire chanter et enregistrer ses romances, on se laisse prendre au jeu en se demandant si le roman des passions amoureuses n’était pas un peu plus qu’une mode. En racontant la jeunesse d’Hortense, nous allons à la rencontre d’une jeune fille qui n’arrive pas à aimer celui auquel son beau-père de Napoléon l’a contraint à se marier. Comme si certaines romances ont permis à Hortense de dévoiler les tourments que pouvaient lui causer les obligations que sa naissance est venue lui imposer.

Pour examiner l’hypothèse sous plusieurs points de vue, ce Metaclassique « Eplorer » est un documentaire où se rencontrent les analyses et témoignages de la musicologue Laure Schnapper, de la chanteuse Coline Dutilleul, de la directrice du Château de la Malmaison Elisabeth Caude et, pour commencer, de la biographie de la reine Hortense, Marie-Hélène Baylac. Une émission qui donne à entendre des romances d’Hortense grâce au disque publié par l’association La Nouvelle Athènes sur le label Paraty.

Une émission instiguée et cousue par David Christoffel.

Metaclassique #354 – Miraculer

Quand on veut prendre une décision importante, on peut toujours faire un tableau à deux colonnes et lister les « pour » et les « contre ». Et comme il y a certains « pour » plus gros que d’autres, ceux-ci pourraient contrebalancer plusieurs « contre ». Pour arriver à contenir ces déséquilibres dans les calculs, on pourrait aller jusqu’à mettre des coefficients à chaque élément porté au tableau. Comme la mise en équation peut aider à raisonner sur ses orientations existentielles, elle pourrait aussi aider à se représenter ses déboires de tous ordres. C’est à la suite d’une déconvenue amoureuse majeure que le mathématicien Laurent Derobert a inventé les Mathématiques existentielles dont il a accepté de chercher les conséquences musicologiques. Dans l’heure qui vient, Metaclassique reçoit donc Laurent Derobert pour un numéro intitulé « Miraculer ».

Une émission tramée et dressée par David Christoffel.

Metaclassique #353 – Extraire

Audionaturalisme, field recording, acoustémologie, écologie sonore…  l’ouïe s’entend comme un sens privilégié pour aborder le paysage. Mais toutes les démarches qui entendent justement privilégier l’écoute de la nature sont-elles aussi écologiques les unes que les autres ? Les chasseurs de son ne seraient-ils, comme tout chasseur, protecteurs que de certaines espèces de vivants ? Sans doute y a-t-il l’indice de quelque chose dans le fait que le premier humain à avoir enregistré un oiseau, en 1889, Ludwig Koch a passé une grande partie de sa vie à enregistrer les animaux en se taisant, pour ne laisser aucune trace de sa présence sur ses enregistrements. En héritier de Koch, bien des audionaturalistes font encore attention à s’autoeffacer : est-ce à dire que leurs captations n’en sont que mieux des captures ? Quelles logiques extractivistes peuvent traverser les enregistrements de terrain ? Et leurs prétentions écologiques sont-elles alors si justifiées que ça ? Pour en parler, c’est à la Bibliothèque publique d’information que nous recevons Roberto Barbanti qui publie Les sonorités du monde aux Presses du réel et Pauline Nadrigny qui signe Sonder le monde aux éditions MF.

Une émission réfléchie et aménagée par David Christoffel.

Metaclassique #352 – Faire

Ecouter une œuvre, c’est en suivre les points de nervure, les balises, les manières d’avancer ou de reculer dans le discours, tout ce qui peut permettre de reconnaître l’écriture de tel compositeur ou telle compositrice. Mais dire les choses comme ça relègue l’engagement des interprètes, la perspective prise par qui écoute et tout ce tient du geste pour des éléments au service du texte. À l’encontre de cette hiérarchie qui met toujours le texte au-dessus de tout, Alvaro Oviedo explique que « la musique n’est pas ce que le compositeur écrit, ce n’est pas ce que l’interprète joue, ce n’est pas ce que l’auditeur perçoit, ce n’est pas non plus l’en-soi d’un ensemble organisé de sons : c’est tout cela à la fois ou plutôt ce qui se passe entre ces termes, termes qui sont eux-mêmes des nœuds de relations. » (p. 9) Cette affirmation est le point de départ de l’essai d’Alvaro Oviedo, Faire sensation paru aux Presses Universitaires de Rennes et qui explorent les œuvres et la pensée musicale de Luciano Berio, Helmut Lachenmann, Olga Neuwirth ou encore, pour commencer, de Gyorgy Kurtag. Alvaro Oviedo est l’invité unique de ce numéro « Faire » de Metaclassique.

Une émission menée et fabriquée par David Christoffel.

Metaclassique #351 – Fragmenter

Au lieu de penser la musique phrase par phrase ou seulement motif par motif ou juste par cellules mélo-rythmiques, on peut encore raccourcir le niveau de discrétisation et procéder par « point ». Mais alors qu’il se revendique pointilliste, le compositeur Steven Takasugi revendique aussi de faire passer dans sa musique hyperfragmentée un texte du poète romantique Leopardi. Si bien qu’il en ressort une version hyperfragmentée de la poésie et peut-être même de l’idée de la poésie face à un monde qui vient s’y refléter dans sa violence la plus éclatante au regard de ce qu’elle a pu éclater les formes qui viennent l’exprimer dans Il Teatro Rosso, un pièce d’une heure commandée par l’ensemble No Hay Banda à Steven Takasugi. Au lendemain de la création européenne d’Il Teatro Rosso au festival de Darmstadt, c’est à Darmstadt que Métaclassique a installé ses micros pour ce numéro « Fragmenter » avec le compositeur Steven Takasugi et la quasi-totalité des membres de l’ensemble No Hay Banda. Vous entendrez : la chanteuse Sarah Albu, le percussionniste Noam Bierstone, le tromboniste Felix Del Tredici, l’ingénieur du son Gabriel Dufour-Laperrière, le vidéaste Huei Lin et la violoncelliste Émilie Girard-Charest (qui, pour l’occasion de l’émission, est aussi la traductrice de Steven Takasugi).

Une émission animée, découpée et sculptée par David Christoffel.

Il Teatro Rosso | NO HAY BANDA | Steven Kazuo Takasugi | NO HAY BANDA

Metaclassique #350 sud – Orchestrer

Choisir le nombre de violons que l’on va engager dans les longs accords qui tissent un tapis harmonique au-dessus duquel il reste à savoir si le thème serait plus éclatant ou mieux suave en le confiant aux bassons plutôt qu’aux trombones et s’il ne serait pas encore plus délicieux de les doubler avec des clarinettes basses… les choix d’orchestration font évidemment partie intégrante du travail de composition, tout en relevant d’une science en soi quasiment détachable. Ravel, Debussy, Rimsky-Korsakov, Jean Françaix, Mel Bonis sont autant de compositeurs et compositrices qui se sont illustrés dans cet art spécifique de l’orchestration et que nous croiserons au fil de ce numéro « Orchestrer » de Métaclassique enregistré en public à Médiathèque Musicale de Paris – Christiane Eda-Pierre. Nous recevons, par ordre d’apparition dans l’émission : Anthony Girard qui enseigne l’orchestration au CNSMD de Paris et qui publie Techniques d’orchestration aux Éditions Billaudot et la musicologue Nathalie Hérold qui enseigne à Sorbonne Université et développe l’analyse musicale par le timbre.

Une émission balisée et conduite par David Christoffel.

Metaclassique #350 nord – Farcir

Autour de 1700, les interprètes jouaient couramment beaucoup plus de notes qui n’en étaient écrites. Mais au-delà des seuls ornements qui complétaient à vue les lignes mélodiques, il pouvait y avoir des ajouts de parties. Si bien qu’une partition écrite pour deux instruments pouvaient tout à fait être jouée par cinq instrumentistes. C’est comme ça que certains musicologues et instrumentistes se mettent aujourd’hui à « Farcir » les partitions de parties qui, sans être écrites, n’en étaient pas moins jouées par les musiciens de l’époque. D’une partition à deux voix, on peut passer à cinq selon des critères historiques scrupuleux ; d’une partie de viole, on peut ajouter une basse. Reste à déceler, dans ces pratiques, où finit la reconstitution ou commence la réécriture ? Quelle est la part de complétion et celle d’invention ? Pour ce numéro « Farcir » de Metaclassique, nous sommes installés dans la Bibliothèque La Grange-Fleuret, nous recevons le musicologue Thomas Leconte qui farci des partitions de Michel-Richard de Lalande et la violiste Noémie Lenhof qui, avec le claveciniste Guillaume Haldenwang, a farci des œuvres de Marin Marais.

Une émission mixée et assemblée par David Christoffel.

Metaclassique #350 est – Archer

L’archet du violon tire son nom de l’arc, tiré du mot latin arcus qui, de l’arc en ciel à l’arche, peut désigner tout ce qui prend la forme du bois d’un arc tendu, avant de servir à désigner les portiques voûtés, des arcades ou autre arc de triomphe. Mais comme il est parfaitement homophone avec le verbe « Archer », l’archet du violon pourrait se sentir pousser des vertus archéologiques et à se représenter le retour aux origines comme une manière de tendre une flèche, la fougue philologique pourrait se laisser encourager par les prolongations musicales qu’elle arche à son tour, peut-être que jouer d’un seul archet des partitions écrites pour les deux mains d’un clavier est une manière de bander comme un arc le propos musical et de lui donner une direction d’autant plus nette que ledit propos s’en trouverait alors comme réoriginé. C’est pour faire honneur à cette hypothèse que ce Métaclassique enregistré à la HEM de Genève reçoit les violonistes Tedi Papavrami et Pauline Klaus qui ont tous les deux enregistrés des transcriptions pour violon seul de pièces initialement composées pour le clavecin, le piano ou l’orgue.

Une émission organisée et ressourcée par David Christoffel.

Metaclassique #350 ouest – Réduire

Dans les entreprises, quand les temps difficiles de réductions de personnel, le plus évident pourrait consister à sauver d’abord les agents les plus efficaces pour sacrifier d’abord les éléments les moins productifs. Reste qu’entre les deux, il y a des demi-performants qui occupent des postes clés sans lesquels les équilibres généraux ne tiennent plus. Mais il suffit de se dire qu’un employé apparemment inutile pourrait être vital au groupe en ce que sa passivité même pourrait lui valoir d’occuper une fonction stratégique en tant que repoussoir potentiellement très rassembleur et  pour la motivation globale, et voilà que la réduction de personnel s’avère d’office beaucoup plus délicat. Dit comme ça, on devine que l’art de la réduction musicale pour faire jouer par 10 ou 20 ce qui est écrit pour 80 ou 100 instrumentistes n’était pas beaucoup compliqué ?

Depuis le salon Mahler de la Bibliothèque La Grange Fleuret, Metaclassique en réunissant une musicologues et deux réducteurs, respectivement : Cécile Reynaud qui est directrice d’étude à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes spécialiste du piano au XIXè siècle, Benjamin Garzia qui dirige la Mahlerian Camerata pour laquelle il ramène des symphonies de Mahler à une vingtaine d’instruments et Robin Melchior qui a réduit de nombreuses partitions pour la Symphonie de Poche, que voici dans le début du 4è mouvement de la Symphonie Pastorale de Beethoven.

Une émission épluchée et ramassée par David Christoffel.

Metaclassique – Adorer

Dans le spectacle Nexus de l’adoration, Joris Lacoste invente une religion qui consiste à adorer toutes les choses, qu’il s’agisse d’un Pokemon, d’une pâquerette ou d’une pensée de Cyril Hanouna. Dans Eternal Dawn (L’Aube éternelle), Alexander Schubert met en scène un transhumanisme dans lequel la technologie a phagocyté tout ce qui peut relier les êtres vivants au monde. Deux propositions présentées dans le cadre de l’édition 2025 du festival Musica qui peuvent s’entendre comme deux faces très différemment dystopiques d’une même préoccupation ou d’une même perplexité face aux futurs plus ou moins désirables de la spiritualité dans une société hyperconnectée. Dans le même temps, dans le livre Spiritualités radicales paru aux éditions divergences, l’essayiste Yuna Visentin montre comment, de l’astrologie aux croyances animismes en passant par les monothéismes, les religions consacrées ou inventées peuvent s’entendre comme des récits contre-hégémoniques, autant de manières de se représenter le monde, d’imaginer la liaison entre les êtres avec des systèmes de représentations alternatifs à l’injonction aux storytellings normatifs qui s’imposent aux individus que le capitalisme ne cesse de sur-individualiser ?

A l’occasion de leurs créations respectives au cours de l’édition 2025 du festival Musica à Strasbourg, Metaclassique a pu interroger les compositeurs Joris Lacoste et Alexander Schubert (qui sera traduit par Jules Paul) dont les réflexions seront prolongées par celles de Yuna Visentin.

Une émission tramée et agencée par David Christoffel.

Metaclassique #349 – Allier

Composer de la musique électronique instrumentale au cœur même d’une composition musicale pour instrument acoustique, portent les créateurs de sonorités synthétiques dans une recherche conjointe de formes et d’alliages de timbre. Depuis cette conjonction, on peut toujours se demander comment la forme musicale répond à la recherche des alliages de couleurs et, de manière complètement simultanée, comment lesdits alliages répondent aux idées formelles avec lesquels les sculpteurs de son les abordent qu’ils aient un instrument acoustique en main ou des instruments à électricité. Au cours de ce Métaclassique « Allier », nous irons à la rencontre du clarinettiste Jean-François Charles qui entre en collaboration électronique avec des musiciens acoustiques comme le sétariste Ramin Roshandel. Dans le dernier tiers de l’émission, nous rentrerons dans l’atelier du compositeur Olivier Delevingne qui co-compose pour synthétiseurs modulaires des partitions en alliage avec Benoît Menut qui écrit, à la main, des fantaisies qui nous donnerons l’occasion d’entendre Lucile Boulanger à la viole et François Lazarevitch jouer différentes flûtes. Pour commencer, nous allons à la rencontre du pianiste-compositeur-improvisateur Patrick-Astrid Defossez dont on entendra les fruits de la collaboration avec Anne-Gabrielle Debaecker.

Une émission alambiquée et macérée par David Christoffel.