Metaclassique #265 – Percer

La Danse (détail) tenture des Sujets de la Fable (1684)

Quand on a commencé à jouer sur instruments d’époques, il n’y avait pas beaucoup d’époques. Pendant que des orchestres se spécialisent dans le jeu sur instruments baroques et d’autres sur instruments romantiques, les recherches découvrent certaines lacunes. Et alors que les parties de hautbois de l’opéra Atys de Lully sont une page d’anthologie pour l’instrument, elles viennent d’une époque pour laquelle on connaît beaucoup moins la facture des hautbois. Non seulement les hautbois des années 1670 étaient bien différents des hautbois baroques consacrés du début du 18ème siècle, sans compter que ce qu’on savait des hautbois baroques depuis qu’on s’est remis à jouer de la musique baroque supposaient des adaptations de doigtés qui ont fini par infléchir et biaiser les copies d’ancien desdits hautbois. Pour mieux saisir l’enchevêtrement des problèmes qui se posent à qui veut retrouver le son des hautbois d’Atys de Lully, Metaclassique vous propose d’entendre la chercheuse Lola Soulier, mais aussi les hautboïstes Neven Lesage, Anabelle Guibeaud et Krzystof Lewandowski, mais encore le facteur de hautbois Olivier Clémence, ainsi que le musicologue Benoît Dratwicki, directeur artistique du Centre de Musique Baroque de Versailles où cette émission a été intégralement enregistré.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #264 – Portraiturer

L’idée de « portrait musical » a l’attrait du paradoxe. Depuis que Carl Dahlhaus l’a énoncé au plus clairement dans L’Idée de la musique absolue, il est comme établi que l’âge romantique ayant fait de la musique un absolu qu’il a fini par instaurer une sorte de déconsidération systématique à l’endroit de la force de la musique à raconter des histoires ou représenter des personnages. Ce qui explique peut-être que le genre du « portrait musical » est resté un angle mort de l’histoire de la musique et de la musicologie. C’est donc pour remédier à l’étrange déficit de recherches sur le portrait en musique qu’au mois d’octobre 2022, Fabienne Bercegol et Frédéric Sounac ont organisé à l’Université de Toulouse deux journées d’étude consacrées au portrait musical qui brossaient trois siècles de musique : de Couperin à Chick Corea en passant par Mozart, Schubert, Francis Poulenc ou encore Pierre Boulez.

Ces deux journées ont été intégralement capté par Metaclassique – ce qui va vous permettre d’entendre, au cours de l’heure qui vient, dans un montage réalisé par Swann Bonnet, une traversée synthétique des communications de Frédéric Sounac, Judith le Blanc, Thomas Leconte, Mylène Dubiau, Nathalie Vincent-Arnaud, Philippe Lalitte, Ludovic Florin, Jean-Philippe Grosperrin, Aleksandra Wojda, David Chaillou et de nouveau Frédéric Sounac.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.

Metaclassique #263 – Soulager

Aux musiciens qui improvisent ensemble, se posent des questions plus ou moins lourdes : sont-ce toujours les mêmes qui préfèrent commencer ? y a-t-il certains désaccords sur le fait d’aller d’un point A à un point B ? des signaux d’alerte peuvent-ils se confondre avec des marques de réconfort ? peut-on seulement être sûr de ce que l’on va provoquer ? Et : est-ce que ça soulage ?

À l’occasion des festivités organisées au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris pour célébrer le trentième anniversaire de la classe d’Improvisation Générative une vingtaine d’élèves de la classe ont bien voulu répondre à ces questions à partir d’un pacte Metaclassique : se donner dans les réponses à l’entretien radiophonique toutes les libertés que l’on prend quand on improvise, superposer les voix, varier les registres, mettre en boucle certaines idées, veiller à ce que la cohérence collective l’emporte sur le sérieux de ce qui est en train d’arriver.

À l’heure des carnavals, Metaclassique vous propose donc une sorte récréation radiophonique où l’improvisation musicale se trouve incarnée, interrogée jusqu’à ce que, mieux que des réponses claires et distinctes, adviennent quelques formes de soulagement des questions.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autres « jeux radiophoniques » de Metaclassique : #13 – Pinailler, #24 – Rajeunir, #101 – Doubler, #139 – Exulter, #219 – Buzzer et #234 – Chuchoter.

Metaclassique #262 – Diluer

Dans ses fiches de travail, le peintre Mark Rothko a écrit un jour dans ses fiches de travail: « Apollon est peut-être le dieu de la sculpture. Mais au fond il est aussi le dieu de la lumière, et dans l’éclat de splendeur non seulement tout est illuminé, mais à mesure que l’intensité augmente tout est également balayé. Voici le secret dont je me sers pour contenir le dionysiaque dans un éclat de lumière. » Et voilà qui pourrait servir de révélation dans l’écoute d’une pièce comme la Rothko Chapel de Morton Feldman. Mais avant d’en arriver là, faut-il commencer par écouter un peu moins les notes que les sons, délaisser les repères thématiques et la répartition des hauteurs pour pouvoir se rendre attentif aux bords, aux jeux d’ombre, aux flous quand ce n’est à la dilution des couleurs. L’ambition de ce numéro « Diluer » de Metaclassique est donc là : donner à entendre l’histoire de la musique du 20ème siècle du point de vue d’une dilution des catégories de l’harmonie. Pour ce faire, nous recevons deux musicologues : Héctor Cavallaro qui a soutenu à l’Université Paris-8, une thèse intitulée Téléologie négative qui s’attache à suivre les « comportements et mouvements de musique non téléologiques » et Camille Lienhard qui a soutenu à l’Université de Strasbourg, une thèse intitulée Le devenir de la hauteur-note qui fait l’objet d’une publication sous le même titre, aux éditions Delatour.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autres numéros « affaires harmoniques » de Metaclassique : #35 – Onduler, #76 – Désaccorder, #105 – Colorer , #162 – Compter,  #168 – Cheminer et #226 – Reluder.

Metaclassique #261 – Consonner

D’un côté, les ethnomusicologues semblent nous apprendre que certaines perceptions musicales peuvent être relatives aux traditions de par le monde ou que des notions comme la consonance dépendent peut-être des cultures. D‘un autre côté, les psycho-acousticiens ont la réputation de vouloir fixer quelques données objectives sur l’écoute musicale et pourquoi pas des vérités universelles sur le rapport des humains aux sons harmonisés. Si un antagonisme aussi marqué peut se prévaloir d’être didactique, il porte une vision sans doute simpliste et donc trompeuse de ce que peut et doit faire la pédagogie. Parce qu’en les opposant, on donne une vision caricaturée et surtout très déformée de ce qui a pu motiver l’ethnomusicologie et la psychoacoustique au moment où elles ont démarré, dans des contextes et avec des horizons de questionnements justement conjoints. En enquêtant sur les préoccupations, les conceptions et les points de curiosité entre des chercheurs tels que Hermann von Helmhotz, Franz Boas ou encore Carl Stumpf, Isabelle Kalinowski établit différents ponts entre phychoacoustique, ethnomusicologie, mais aussi phénoménologie musicale dans le livre La mélodie du monde publié par les Éditions de la Philharmonie de Paris.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autres numéros interculturels de Metaclassique :
#70 – Migrer#81 – Re-recorder#108 – Mordre#115 – Globaliser#137 – Patrimonialiser#182 – Accueillir et #261 – Exotériser.

Autres émissions sur l’histoire de l’harmonie :
#04 – Accorder, #08 – Rationaliser, #31 – Analyser, #36 – Solmiser, #65 – Résonner, #76 – Désaccorder, #191 – Tempérer et #208 – Trafiquer.

Metaclassique #260 – Oublier

Comment de la très belle musique peut-elle rester de longues décennies cachée dans des archives ? Pourquoi les excellents compositeurs oubliés seront-ils toujours plus nombreux que les gloires déjà nombreuses mais toujours un peu les mêmes que l’on trouve le temps de célébrer ? Faute d’avoir des réponses toutes faites, on fait mieux de se précipiter sur les trésors cachés de l’histoire de la musique. Mais une fois déniché un de ces compositeurs urgents à réhabiliter, comment dire ? Au-delà des précautions oratoires et des banalités sur les injustices accumulées par les aléas de la postérité, il pourrait y avoir quelques explications rationnelles à ce que de si belles partitions soient tombées dans l’oubli, des raisons peut-être même intrinsèques à la complexion de ces créateurs pour que leur talent soit si longtemps passé sous tous les radars. Réunis au Centre de documentation de la Bibliothèque La Grange Fleuret, les invités de ce numéro de Metaclassique ont pour point commun d’avoir déterrés chacun un trésor : d’abord, le cinéaste Petr Vaclav à qui l’on doit un film intitulé Il Boemo qui raconte la vie du compositeur Josef Myslivecek, mais aussi l’éditeur Olivier Lalane à qui l’on doit un disque qui donne à entendre la musique du compositeur Oskar Posa, dont nous accueillerons aussi deux de ses interprètes : le violoniste Pierre Lisciat-Beaurenaut qui a repéré, dans les partitions d’Oskar Posa, quelques notes oubliables et puis la pianiste Juliette Journaux qui, en plus de jouer Posa, semble penser que, dans bien des lieders de Schubert ou Mahler, on pourrait oublier les paroles que le sens du texte ne s’en porterait pas si mal. Mais tout d’abord, c’est Philippe Jaroussky qui prête sa voix à un air de Josef Myslivecek, extrait de son opéra L’Olimpiade.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #259 – Filtrer

Alors qu’un filtre masculin semble s’être déposé sur l’histoire de la musique classique au point d’invisibiliser les œuvres des compositrices et la vie des musiciennes des siècles passés, des musicologues et des interprètes se mobilisent depuis quelques années pour faire entendre la musique écrite et pratiquée par les femmes et, pour ce faire, applique un filtre féminin dans leurs recherches dans les archives musicales. À force de recherche, on peut apercevoir d’autres filtres qui viennent donner une vision biaisée du matrimoine, celui-ci ayant pu lui-même s’autopromouvoir à travers des filtres de grandeur, quand ce n’est d’autorité ou encore de bonnes mœurs.

En 2021, Apolline Gouzi et Arthur Macé ont engagé un travail de fouilles des archives de l’Union des Femmes Artistes Musiciennes pour examiner la manière dont se structurent les solidarités entre musiciennes et les valeurs sur lesquelles ces femmes chanteuses, instrumentistes, compositrices se soutenaient, tout en respectant scrupuleusement les gages de mérite, mais aussi d’élégance, exigés par les plus éminentes d’entre elles. Pour Metaclassique, ils viennent faire le portrait d’une sororité aux codes savamment négociés qui offrent un regard renouvelé sur l’histoire du féminisme musical.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Consulter le Dossier U.F.A.M. sur le site Dezède.
Consulter l’article Elles ne sont plus seules dans la revue Transposition.

Autres numéros « gender » de Metaclassique : #91 – Ensorceller#196 – Co-exister#201 – Se marier#217 – Abrutir et #219 – Buzzer et #236 – Idéaliser.

Metaclassique #258 – Modeler

Le compositeur David Behrman a écrit un jour : « La situation du musicien est comparable à celle d’un joueur de ping-pong attendant de son adversaire un service rapide : il sait ce qui arrive (le service) et sait ce qu’il doit faire quand ça arrive (le retourner) ; mais comment et quand cela arrivera ne sont déterminés dans les détails qu’au moment même de leur occurrence. » À l’écoute de cette citation, on pourrait toujours se demander quel type de musique David Behrman a-t-il pu pratiquer pour venir comparer sa situation à celle du joueur de ping-pong ? À moins de plutôt chercher les types de musique entre lesquels la référence au ping-pong peut s’installer comme un point commun. S’il est évident que les improvisateurs se livrent à des jeux de questions-réponses, des jeux tout à fait analogues se produisent dans les musiques écrites et même quand on délègue une partie du processus de l’écriture de la musique à des programmes informatiques. Lauréat de la première édition du Prix en recherche artistique organisé au CNSMD de Lyon avec le CNSMD de Paris, la HEM de Genève et l’HEMU de Lausanne, le chercheur et compositeur Antoine Gabriel Brun a aussi gagné de venir présenter son travail dans Metaclassique où il a voulu inviter le compositeur Yan Maresz à lire son mémoire . Et puisque de recherche il sera question, nous accueillerons aussi le méthododologue  Aurélien Poidevin qui, à mi-chemin de l’émission, nous livrera sa lecture du travail d’Antoine Gabriel Brun. 

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Autres numéros musiques algorithmiques de Metaclassique 
#40 – Générer#222 – Combiner et #235 – Enchaîner.

Metaclassique #257 – Exotériser

Faire de la musique classique au Vietnam, est-ce que cela veut dire jouer de la musique européenne, faire amende honorable à l’Occident ou plutôt choisir le camp le plus intéressant parmi les musiques globalisées ou gentiment se signaler dans les transferts internationaux que la musique peut organiser ? L’un n’empêche pas l’autre. Peut-être que faire de la musique classique au Vietnam, c’est tout cela à la fois. Et plus encore. Dans un documentaire intitulé Once upon a Bridge in Vietnam, François Bibonne a filmé des musiciens vietnamiens qui se cherchent une autre vie en jouant de la musique classique, quand ils ne préfèrent réactiver des musiques traditionnelles d’avant la guerre. Mais encore plus précisément que l’histoire des musiciens vietnamiens qui jouent de la musique classique, François Bibonne raconte sa propre histoire : comment le deuil de sa grand-mère l’a conduit au Vietnam et a éveillé le désir de s’y intégrer. Malgré la fresque idyllique offerte par le documentaire. Il y a aussi des figures qui ont dédié leur vie à la musique vietnamienne sans y parvenir aussi bien qu’elles auraient voulu. Ce dont nous témoignera François Bensignor, journaliste spécialisé dans les musiques du monde, qui a pu suivre de près le parcours de Huong Thanh, chanteuse vietnamienne qui vit en France, où elle a essayé de vivre de son chant ancré dans la tradition musicale du Vietnam. Et puis, le temps d’une chronique, nous recevrons aussi Swann Bonnet, qui étudie l’anthropologie à l’EHESS et pointera les prudences d’usage quand, en passant d’une langue à l’autre, une notion musicale pourrait en cacher beaucoup d’autres. Pour commencer, nous nous plongeons dans le film One Bridge et le Vietnam.

Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.

Autres numéros interculturels de Metaclassique :
#70 – Migrer, #81 – Re-recorder, #108 – Mordre, #115 – Globaliser, #137 – Patrimonialiser et #182 – Accueillir

Metaclassique #256 – Applaudir

Sergeï Rachmaninov disait tout bien ironiquement que l’artiste ne connaît qu’un seul besoin : celui d’être loué, vanté et applaudi[1]. Dans son Dictionnaire du diable, Ambrose Bierce définissait même l’applaudissement comme « l’écho d’une platitude[2] ». Au risque d’entendre les acclamations replier le sublime dans l’ordre du mondain, bien des musiciens manifestent une forme de dégoût pour les applaudissements. Le pianiste Glenn Gould allait même jusqu’à prôner leur suppression[3].

Réunis à la Bibliothèque publique d’information au Centre Pompidou, les invités du numéro « Applaudir » de Metaclassique n’entendent pas s’en tenir à des condamnations morales, sentant bien qu’il y a mieux à faire de ces clappements collectifs. Nous recevons : l’artiste Blandine Brière qui a mené enquête et expérimentations artistiques à partir d’applaudissements et la chercheuse Marie-Madeleine Mervant-Roux qui s’est engagée dans une histoire du son au théâtre, soit une manière de pensée la représentation théâtrale qui remet la présence sonore du public non loin du centre du propos théâtral. Pour le plaisir des contre-hypothèses, cette émission sera aussi l’occasion du retour du meta-testeur Léonard Pauly. Pour commencer, une archive radiophonique : en 1984, dans l’émission « Musique mode d’emploi » sur France Culture, Rémy Stricker se faisait la voix d’une critique de Hugo Wolf qui faisait l’expérience de pensée : et si, devant les beautés de la nature, on se mettait justement à applaudir…

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.


[1] Vieru, Eloge de la vanité, p. 39

[2] « Ambrose Bierce définit l’applaudissement comme l’écho d’une platitude. Un dédain des applaudissements et du public qui n’aurait pas déplu à un Swift, à un Chamfort ou à un Tchernyckevski. » (Andrei Vieru, Le gai Ecclésiaste, p. 145.)

[3] Andrei Vieru, Le gai Ecclésiaste, p. 80.)

Metaclassique #255 – Progresser

Dans le Journal des Débats du 5 mars 1858, on peut lire une distinction très nette et autant dire caricaturale entre la musique pour instruments et l’opéra, dans l’affirmation d’un compositeur pour qui : « La musique pure est un art libre, grand et fort par lui-même. Les théâtres lyriques sont des maisons de commerce où cet art est seulement toléré et contraint d’ailleurs à des associations dont sa fierté a trop souvent lieu de se révolter. » Ce compositeur est Hector Berlioz qui, quelques semaines plus tôt (le 24 septembre 1857), balançait dans le même journal : « Les anciens étaient des artistes, et nous ne sommes que des boutiquiers. » À vouloir un art musical qui ne raconte pas d’histoire, qui ne fait pas de commerce, Berlioz pouvait passer pour un esprit opposé au progrès, alors même qu’il ne manquait jamais de saisir toutes les opportunités offertes par les débuts de la société industrielle pour faire entendre la musique toujours plus loin, toujours plus haut et toujours plus fort. Pour entrer dans le dédale des positionnements souvent ambigus des forces vives de la musique du 19è siècle en matière de progrès, Metaclassique est cette semaine installé à la Bibliothèque La Grange-Fleuret où nous réunissons le musicologue Emmanuel Reibel qui a signé chez Fayard l’essai Du métronome au gramophone. Musique et révolution industrielle et Marta Caraion qui enseigne à l’Université de Lausanne la littérature française, qu’elle questionne du point de vue de ses rapports avec la culture matérielle, jusqu’à questionner ces écrivains qui, au 19ème siècle, contestaient abondamment l’idéologie du progrès.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #254 – Accorder

Tentative de synonymie sans succès

Si la tonalité du téléphone est de 440 Hz, c’est qu’il y a forcément un rapport avec le diapason des musiciens et les délibérations qui ont animé la communauté musicale au beau milieu du xixè siècle sur l’exacte hauteur qu’il s’agit de donner au diapason de référence. En France, c’est le 16 février 1859 que la hauteur musicale s’est trouvé fixée par décret. La nécessité de légiférer venait répondre à des plaintes d’entendre les orchestres jouer de plus en plus aigu pour briller, pendant que les chanteurs devaient s’égosiller pour arriver à s’accorder avec eux. Mais au-delà d’un confort de la voix ou de questions pragmatiques dans la pratique de la musique, la volonté de standardiser une hauteur de référence est petit à petit devenue une sorte de nécessité industrielle, pour ne pas dire un enjeu à savoir quelle serait la première puissance mondiale à imposer son diapason. Dans le livre Tuning the World publié par les presses universitaires de Chicago, la chercheuse Fanny Gribenski a fait l’histoire de l’étalon 440 Hz et pu observer les différentes négociations entre France, Allemagne et Etats-Unis, mais aussi Angleterre à partir du moment où la BBC a imposé les Greenwich pips pour donner une sorte de la entre toutes les horloges du monde.

Pour Metaclassique, nous parcourons avec Fanny Gribenski les différents jalons de l’histoire de cette norme, des effets de standardisation qu’elle a occasionné et de quelques événements sonores dont elle peut être l’origine.

Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.

Autres numéros « material turn » de Metaclassique : #110 – Mouiller, #134 – Chronométrer, #218 – Exposer et #222 – Combiner.