Metaclassique #362 – Interférer

Il y a bien des raisons qui rendent si compliqué de parler de musique. Comme il y a des gens qui clament que la musique exprime l’inexprimable, tout ce qu’on pourrait chercher à en dire serait d’une pertinence d’avance très limitée ou d’une futilité sans nom. Mais comme il y a encore des gens qui ne s’en laissent pas compter et continuent de faire des émissions de radio bavardes sur des sujets musicaux, on pourrait avoir l’impression d’un faux problème puisqu’on a beau dire, on en parle quand même. Et parce qu’il y a bien des raisons qui rendent si compliqué de parler tout court, on va tenter une expérience : parler de musique depuis des romans où la parole sur les choses importantes n’arrête pas d’interférer avec un environnement très hostile à la parole articulée.

À l’invitation de Phonurgia Nova, Metaclassique est installé dans la librairie éphémère « Le Rayon Manquant » pour interférer avec Anne Savelli qui a publié Musée Marylin et Bruits aux éditions Inculte et tout d’abord Charles Coustille dont le premier roman Bilan de compétence est paru chez Grasset.

Une émission composée et conduite par David Christoffel.

Ce numéro de Metaclassique est dédié à la mémoire de Jacqueline Schaeffer qui nous a quitté dimanche 4 janvier et qui avait amicalement assisté à l’enregistrement de cette émission, le 1er décembre, à l’occasion de l’inauguration de la librairie éphémère « Le Rayon Manquant ».

Metaclassique #361 – Dispatcher

émission dédiée à la mémoire d’Albert Laracine

Dans le n° 4 du magazine Harmonie en février 1965, on pouvait lire un petit dialogue entre trois critiques musicaux à propos de la première production de Pelléas et Mélisande de Debussy en stéréo. Édith Walter disait que « La stéréophonie est l’un des attraits majeurs de cette nouveauté. » Gilles Cantagrel répliquait : « Et pourtant, elle n’est pas partout du meilleur effet : le côté spectaculaire de Golaud perdu dans sa forêt, cette acoustique de cathédrales des scènes intérieures… » Harry Halbreich complétait : « Alors que, malgré le son très médiocre des disques de 1942, l’orchestre était merveilleusement nimbé de mystère. » Ouvrant la conclusion à Gilles Cantagrel : « Il semble donc que la stéréophonie ne s’impose pas pour Pelléas : mais elle vient de mettre en vedette ce personnage principal : l’orchestre, dans une réalisation qui tient d’ailleurs plus du concert que de la scène. »

En changeant les rapports de plan, la stéréo pourrait donc bien changer la perception des ouvrages musicaux. Déplacer les goûts, renforcer l’attente de naturalisme qui, elle-même,  ne se trouve pas toujours appropriés selon les répertoires et ne se veut même pas forcément cohérentes à toutes les oreilles. Pour faire cette histoire des débuts de la stéréophonie, titiller l’évolution des sensibilités entre les moments de l’expérimentation et le temps des standards qu’elle a finis par imposer, Metaclassique est installée à la Bibliothèque publique d’informations avec Azadeh Nilchiani qui est chercheuse affiliée à l’Institut ACTE, Luc Verrier qui est expert en numérisation et préservation numérique, en léger différé, Julien Ferrando qui est maître de conférence à Aix-Marseille Université et chercheur CNRS au laboratoire IDEAS.

Une émission pensée et menée par David Christoffel.

Metaclassique #360 – Manger

Alexis Malbert aime faire la cuisine et aime produire du son par tous les moyens, sauf peut-être les moyens conventionnels que peuvent être, par exemple, le piano, la guitare, le trombone. Bref, il préfère produire des sons avec des courges, des tortillas, des emballages alimentaires ou des instruments de cuisine plutôt qu’avec des instruments de musique. Archéologue du son en acte, il organise la cantine orchestra, un jardin sonore ou encore des ateliers cacaophoniques. Pour ce numéro Manger de Metaclassique, nous invitions Alexis Malbert à replonger dans ses productions gastro-sonores et dans les trouvailles du blog Discuts dans lequel il a, pendant de longues années, tenu une veille très fouillée de tout ce qui ressemble à des gadgets sonores, dont certains peuvent justement se manger ou, du moins, se mettre dans la bouche.

Une émission cuisinée et réchauffée par David Christoffel.

Metaclassique #359 – Supputer

L'oreille de Mozart et une oreille ordinaire

En lisant Ma vie, l’autobiographiede Wagner, le musicologue John Deathridge se demandait s’il ne faudrait pas faire un livre qui mettrait en parallèle le récit affabulé que le compositeur a fait de sa vie et un récit plus factuel et historiquement exact de ce qui est vraiment arrivé. Avec Carl Dahlhaus, John Deathridge pense que Wagner a volontairement romantisé son œuvre dans l’espoir de romantiser sa vie et que son autobiographie aide même à établir des parallélismes entre Wagner et les épreuves traversées par les personnages de Tristan et Isolde. S’il paraît comme une évidence que les autobiographies ont toujours eu une part d’autofictions, il reste à voir jusqu’où la littérature peut venir compléter l’histoire de la musique.

Pour ce numéro « Supputer » de Metaclassique, nous recevons Leonor de Recondo qui a signé K. 626 aux éditions Malo Quirvane et Jean-Maurice de Montrémy qui a publié le roman Tchaïkovski et le mannequin d’or chez Le Condottière, deux ouvrages qui installent la création littéraire dans certains angles morts laissés par l’histoire de la musique et qui tendent à montrer qu’au lieu ou en plus d’une diversion à la réalité des faits, la fiction pourrait offrir quelques compléments d’information sensibles sur la vie de grands compositeurs.

Une émission supposée et explicitée par David Christoffel.

Metaclassique #358 – Fossiliser

Depuis l’invention du phonographe, le disque a souvent été vanté pour ses vertus démocratisantes. L’adaptation des interprètes et des répertoires aux contraintes et opportunités apportées par l’enregistrement sonore a été amplement commenté. Mais l’effet sur l’imaginaire d’écoute des mélomanes garde encore des zones inexplorées. Dans le numéro 88 de la revue Histoires littéraires, à l’occasion d’un dossier « phonolittérature » qu’elle a elle-même coordonnée avec David Martens, Florence Huybrechts a publié une étude qui fait un « Portrait de l’écrivain en phonophile. » pour décrire comment, dans l’entre-deux guerres, une littérature s’est développée qui prenait l’expérience d’écoute spécifiquement offerte par les disques comme le stimulant d’une écriture volontiers spéciale. Pour explorer la poésie qui se dégage des voix et des musiques fossilisées par le phonographe, Florence Huybrechts est l’invitée de ce numéro « Fossiliser » de Metaclassique, enregistré dans les studios de l’ACSR – l’atelier de création sonore radiophonique – à Bruxelles.

Une émission ourdie et servie par David Christoffel.

Metaclassique #357 – Roumaniser

George Enesco (1881-1955)

Alors qu’il s’est toujours défendu de citer la musique folklorique de son pays dans ses œuvres, alors qu’il a attendu d’avoir intégré le conservatoire de Paris pour, en 1898, assumer une œuvre symphonique comme opus 1 qu’il intitulait tout de même « Poème roumain », Georges Enescu est devenu à distance le compositeur roumain de référence pour plusieurs générations après lui. Mais alors que la génération qui l’a suivi revendiquait plus volontiers une avant-garde venue de l’Europe de l’Ouest que la roumanité, la vie musicale roumaine a autrement durci ses positionnements quand elle a dû faire face à la dictature de Nicolae Ceaușescu.

Pour enquêter sur la pensée de la roumanité en musique par Enescu et sur l’importance qu’elle a pu prendre dans sa descendance musicale en Roumanie, nous sommes allés à la rencontre d’Alina Pavalache qui organise les Rencontres musicales Georges Enesco à Paris et, dans le cadre du Festival Enesco à Bucarest, nous avons interrogés la musicologue Valentina Sandu-Dediu, le compositeur Dan Dediu et, tout d’abord, le directeur artistique du festival depuis 2021, le chef d’orchestre Cristian Măcelaru dont les propos seront traduits par son assistante Ghia Saouma Solkotovic.

Un documentaire cousue par David Christoffel.

Metaclassique #356 – Véxer

La véritable histoire des exorcismes, celle que l'on ne raconte pas dans  les films | National Geographic | National Geographic

Un soir, au conservatoire d’Amsterdam, un pianiste qui venait d’être acclamé, a répondu à l’appel au bis par les Vexations d’Erik Satie, œuvre qui consiste en la répétition 840 fois d’un même bref motif et qui, en fonction du tempo choisi, peut durer entre 14 et 35 heures. Au bout de 20 minutes, le public a commencé à quitter la salle et, peu de temps après, il ne restait plus que le pianiste et le concierge. De fait, la suite de l’histoire est revenue à l’initiative de qui a bien voulu la commenter sous la vidéo YouTube.

Alors qu’il a été sollicité par la revue Catastrophes pour intervenir dans un dossier consacré à l’avant-garde, le poète Antoine Hummel a livré « Vexations. Une expérience utilisateur. », un texte qui revient sur les souvenirs de quelques commentaires laissés sous la vidéo YouTube de l’événement qui, dans son éclat d’anecdote, donne une occasion au poète de mieux dire ce que peut être un fun fact. Si le fun fact est relativement nul du point de vue réflexif, Antoine Hummel a l’air d’en profiter pour faire une table rase et s’offrir une bonne occasion de faire de la narratologie à la main et de dévisager qui pourrait bien se vouloir narrateur d’une situation pareille. Et puisque les internautes commentateurs de vidéo YouTube finissent par se percevoir comme une communauté, il y a de quoi la redévisager grâce au livre Le Club qu’Antoine Hummel publie aux éditions Zoème, où Le Club est défini comme une « Expansion symphonique des raisons personnelles en vue de leur abolition comme entités séparées mais dans le respect de leurs êtres distincts. »

Une émission conduite et garée par David Christoffel.

|Lire le texte non-expurgé| d’Antoine Hummel pour la revue Catastrophes.

Metaclassique #355 – Eplorer

À la fois reine et compositrice, Hortense de Beauharnais a légué la romance En partant pour la Syrie que son fils Napoléon III a hissé au rang d’hymne officiel du Second Empire. Du point de vue de l’ensemble des dizaines et dizaines de romances composées par la compositrice-reine, le peu que l’on connaît de sa musique est focalisé sur son utilisation diplomatique et laisse dans l’angle mort les raisons intimes qui pouvaient motiver ses activités musicales. À l’heure où le Château de la Malmaison et l’association La Nouvelle Athènes se sont associés pour faire chanter et enregistrer ses romances, on se laisse prendre au jeu en se demandant si le roman des passions amoureuses n’était pas un peu plus qu’une mode. En racontant la jeunesse d’Hortense, nous allons à la rencontre d’une jeune fille qui n’arrive pas à aimer celui auquel son beau-père de Napoléon l’a contraint à se marier. Comme si certaines romances ont permis à Hortense de dévoiler les tourments que pouvaient lui causer les obligations que sa naissance est venue lui imposer.

Pour examiner l’hypothèse sous plusieurs points de vue, ce Metaclassique « Eplorer » est un documentaire où se rencontrent les analyses et témoignages de la musicologue Laure Schnapper, de la chanteuse Coline Dutilleul, de la directrice du Château de la Malmaison Elisabeth Caude et, pour commencer, de la biographie de la reine Hortense, Marie-Hélène Baylac. Une émission qui donne à entendre des romances d’Hortense grâce au disque publié par l’association La Nouvelle Athènes sur le label Paraty.

Une émission instiguée et cousue par David Christoffel.

Metaclassique #354 – Miraculer

Quand on veut prendre une décision importante, on peut toujours faire un tableau à deux colonnes et lister les « pour » et les « contre ». Et comme il y a certains « pour » plus gros que d’autres, ceux-ci pourraient contrebalancer plusieurs « contre ». Pour arriver à contenir ces déséquilibres dans les calculs, on pourrait aller jusqu’à mettre des coefficients à chaque élément porté au tableau. Comme la mise en équation peut aider à raisonner sur ses orientations existentielles, elle pourrait aussi aider à se représenter ses déboires de tous ordres. C’est à la suite d’une déconvenue amoureuse majeure que le mathématicien Laurent Derobert a inventé les Mathématiques existentielles dont il a accepté de chercher les conséquences musicologiques. Dans l’heure qui vient, Metaclassique reçoit donc Laurent Derobert pour un numéro intitulé « Miraculer ».

Une émission tramée et dressée par David Christoffel.

Metaclassique #353 – Extraire

Audionaturalisme, field recording, acoustémologie, écologie sonore…  l’ouïe s’entend comme un sens privilégié pour aborder le paysage. Mais toutes les démarches qui entendent justement privilégier l’écoute de la nature sont-elles aussi écologiques les unes que les autres ? Les chasseurs de son ne seraient-ils, comme tout chasseur, protecteurs que de certaines espèces de vivants ? Sans doute y a-t-il l’indice de quelque chose dans le fait que le premier humain à avoir enregistré un oiseau, en 1889, Ludwig Koch a passé une grande partie de sa vie à enregistrer les animaux en se taisant, pour ne laisser aucune trace de sa présence sur ses enregistrements. En héritier de Koch, bien des audionaturalistes font encore attention à s’autoeffacer : est-ce à dire que leurs captations n’en sont que mieux des captures ? Quelles logiques extractivistes peuvent traverser les enregistrements de terrain ? Et leurs prétentions écologiques sont-elles alors si justifiées que ça ? Pour en parler, c’est à la Bibliothèque publique d’information que nous recevons Roberto Barbanti qui publie Les sonorités du monde aux Presses du réel et Pauline Nadrigny qui signe Sonder le monde aux éditions MF.

Une émission réfléchie et aménagée par David Christoffel.

Metaclassique #352 – Faire

Ecouter une œuvre, c’est en suivre les points de nervure, les balises, les manières d’avancer ou de reculer dans le discours, tout ce qui peut permettre de reconnaître l’écriture de tel compositeur ou telle compositrice. Mais dire les choses comme ça relègue l’engagement des interprètes, la perspective prise par qui écoute et tout ce tient du geste pour des éléments au service du texte. À l’encontre de cette hiérarchie qui met toujours le texte au-dessus de tout, Alvaro Oviedo explique que « la musique n’est pas ce que le compositeur écrit, ce n’est pas ce que l’interprète joue, ce n’est pas ce que l’auditeur perçoit, ce n’est pas non plus l’en-soi d’un ensemble organisé de sons : c’est tout cela à la fois ou plutôt ce qui se passe entre ces termes, termes qui sont eux-mêmes des nœuds de relations. » (p. 9) Cette affirmation est le point de départ de l’essai d’Alvaro Oviedo, Faire sensation paru aux Presses Universitaires de Rennes et qui explorent les œuvres et la pensée musicale de Luciano Berio, Helmut Lachenmann, Olga Neuwirth ou encore, pour commencer, de Gyorgy Kurtag. Alvaro Oviedo est l’invité unique de ce numéro « Faire » de Metaclassique.

Une émission menée et fabriquée par David Christoffel.

Metaclassique #351 – Fragmenter

Au lieu de penser la musique phrase par phrase ou seulement motif par motif ou juste par cellules mélo-rythmiques, on peut encore raccourcir le niveau de discrétisation et procéder par « point ». Mais alors qu’il se revendique pointilliste, le compositeur Steven Takasugi revendique aussi de faire passer dans sa musique hyperfragmentée un texte du poète romantique Leopardi. Si bien qu’il en ressort une version hyperfragmentée de la poésie et peut-être même de l’idée de la poésie face à un monde qui vient s’y refléter dans sa violence la plus éclatante au regard de ce qu’elle a pu éclater les formes qui viennent l’exprimer dans Il Teatro Rosso, un pièce d’une heure commandée par l’ensemble No Hay Banda à Steven Takasugi. Au lendemain de la création européenne d’Il Teatro Rosso au festival de Darmstadt, c’est à Darmstadt que Métaclassique a installé ses micros pour ce numéro « Fragmenter » avec le compositeur Steven Takasugi et la quasi-totalité des membres de l’ensemble No Hay Banda. Vous entendrez : la chanteuse Sarah Albu, le percussionniste Noam Bierstone, le tromboniste Felix Del Tredici, l’ingénieur du son Gabriel Dufour-Laperrière, le vidéaste Huei Lin et la violoncelliste Émilie Girard-Charest (qui, pour l’occasion de l’émission, est aussi la traductrice de Steven Takasugi).

Une émission animée, découpée et sculptée par David Christoffel.

Il Teatro Rosso | NO HAY BANDA | Steven Kazuo Takasugi | NO HAY BANDA